‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 114 sur 492 · Libraire du palais. (R · texte numérisé non relu

Libraire du palais. (R

4. La Sylvie , de Maircl (B.) — Mairet, né à Besançon en 4604, n’avoil que dix-sept ans lorsqu’il mit au théâtre sa tragédie de Sylvie. 11 a depuis fait Sophonisbc.

CHANT II. ltJ3

Et sans pointe un amant n’osa plus soupirer :

On vit tous les bergers, dans leurs plaintes nouvelles,

Fidèles à la pointe encor plus qu’à leurs belles;

Chaque mot eut toujours deux visages divers :

La prose la reçut aussi bien que les vers;

L’avocat au palais en hérissa son style ,

Et le docteur 1 en chaire en sema l’Évangile.

La raison outragée enfin ouvrit les yeux,

La chassa pour jamais des discours sérieux;

Et dans tous ces écrits la déclarant infâme,

Par grâce lui laissa l’entrée en l’épigramme,

Pourvu que sa finesse , éclatant à propos ,

Roulât sur la pensée, et non pas sur les mots.

Ainsi de toutes parts les désordres cessèrent.

Toutefois à la cour les Turlupins1 restèrent,

Insipides plaisans, bouffons infortunés,

D’un jeu de mots grossier partisans surannés.

Ce n’est pas quelquefois qu’une muse un peu fine Sur un mot en passant ne joue et ne badine,

Et d’un sens détourné n’abuse avec succès;

Mais fuyez sur ce point un ridicule excès,

Et n’allez pas toujours d’une pointe frivole Aiguiser par la queue une épigramme folle.

Tout poème est brillant de sa propre beauté.

Le rondeau, né gaulois, a la naïveté.

La ballade , asservie à ses vieilles maximes ,

Souvent doit tout son lustre au caprice dés rimes.

Le madrigal, plu3 simple et plus noble en son tour,

Respire la douceur, la tendresse et l’amour.

L’ardeur Je se montrer, et non pas de médire,

Arma la Vérité du vers de la satire.

Lucile le premier osa la faire voir,

Aux vices des Romains présenta le miroir,

Vengea l’humble vertu, de la richesse altière,

Et l’honnête homme à pied , du faquin en litière.

Horace, à cette aigreur mêla son enjouement :

On ne fut plus ni fat ni sot impunément;

Et malheur à tout nom qui , propre à la censure ,

Put entrer dans un vers sans rompre la mesure I Perse , en ses vers obscurs , mais serrés et pressans ,

Affecta d’enfermer moins de mots que de sens.

t. Le petit pèse André, auguslin. (B.)

2. Un comédien de l’Hèlcl de Bourgogne, qui s’appeloit Henri Le Grand, avoit été surnommé Belleville dans le haut comique, et Turlupin lorsqu'il jouoit des farces. 11 a été fameux depuis 1583 jusqu'en 1 634 , date de sa mort.

L’ART POÉTIQUE

Juvénal, élevé dans les cris de l’école,

Poussa jusqu’à l’excès sa mordante hyperbole.

Ses ouvrages, tout pleins d’affreuses vérités,

Étincellent pourtant de sublimes beautés :

Soit que , sur un écrit arrivé de Caprée ' ,

Il brise de Séjan la statue adorée;

Soit qu’il fasse au conseil courir les sénateurs,

D’un tyran soupçonneux pâles adulateurs1;

Ou que, poussant à bout la luxure latine1,

Aux portefaix de Rome il vende Messaline.

Ses écrits pleins de feu partout brillent aux yeux.

De ces maîtres savans disciple ingénieux ,

Regnier4 seul parmi nous formé sur leur modèle ,

Dans son vieux style encore a des grâces nouvelles.

Heureux, si ses discours, craints du chaste lecteur.

Ne se sentoient des lieux où fréquentoit l’auteur;

Et si , du son hardi de ses rimes cyniques ,

Il n'alarmoit souvent les oreilles pudiques 1 Le latin , dans les mots brave l’honnêteté :

Mais le lecteur françois veut être respecté;

Du moindre sens impur la liberté l’outrage,

Si la pudeur des mots n’en adoucit l’image.

Je veux dans la satire un esprit de candeur,

Et fuis un effronté qui prêche la pudeur.

D’un trait de ce poème en bons mots si fertile ,

Le François, né malin, forma le vaudeville;

Agréable indiscret, qui, conduit par le chant,

Passe de bouche en bouche et s’accroît en marchant.

La liberté françoise en ses vers se déploie :

Cet enfant du plaisir veut naître dans la joie.

Toutefois n’allez pas , goguenard dangereux ,

Faire Dieu le sujet d’un badinage affreux.

A la fin tous ces jeux, que l’athéisme élève,

Conduisent tristement le plaisant à la Grève.

Il faut, même en chansons, du bon sens et de l'art ;

Mais pourtant on a vu le vin et le hasard Inspirer quelquefois une muse grossière.

Et fournir, sans génie, un couplet à Linière.

Mais pour un vain bonheur qui vous a fait rimer,

Gardez qu’un sot orgueil ne vous vienne enfumer.

Souvent l’auteur altier de quelque chansonnette Au même instant prend droit de se croire poète :

I . Satire X. (B.) — 2. Satire IV. (B.) — 3. Satire VI, vere 1 10-132. (B.) 4. Mathurin Regnier, neveu de Desportes, mourut à Rouen en 18)3. 11 avoit composé seize satires , cinq épttres , trois élégies , des odes , de* stances, des épigrammes.

Il ne dormira plus qu’il n’ait fait un sonnet ,

Il met tous les matins six impromptus au net. Encore est-ce un miracle, en ses vagues furies. Si bientôt, imprimant ses sottes rêveries,

Il ne se fait graver au-devant du recueil , Couronné de lauriers, par la main de Nanteuil'.

CHANT III

Il n’est point de serpent , ni de monstre odieux ,

Qui, par l’art imité, ne puisse plaire aux yeux :

D’un pinceau délicat l’artifice agréable Du plus affreux objet fait un objet aimable.

Ainsi*, pour nous charmer, la Tragédie en pleurs D’Œdipe tout sanglant1 fit parler les douleurs, D’Oreste parricide exprima les alarmes ,

Et, pour nous divertir, nous arracha des larmes.

Vous donc qui, d’un beau feu pour le théâtre épris, Venez en vers pompeux y disputer le prix , Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages Où tout Paris en foule apporte ses suffrages.

Et qui , toujours plus beaux , plus ils sont regardés , Soient au bout de vingt ans encor redemandés?

Que dans tous vos discours la passion émue Aille chercher le cœur, l’échauffe et le remue.

Si d’un beau mouvement l’agréable fureur Souvent ne nous remplit d’une douce terreur,

Ou n’excite en notre âme une pitié charmante ,

En vain vous étalez une scène savante :

Vos froids raisonnemens ne feront qu’attiédir Un spectateur toujours paresseux d’applaudir,

Et qui , des vains efforts de votre rhétorique Justement fatigué, s’endort, ou vous critique.

Le secret est d’abord de plaire et de toucher :

Inventez des ressorts qui puissent m’attacher.

Que dès les premiers vers l’action préparée Sans peine du sujet aplanisse l’entrée.

Je me ris d’un acteur qui, lent à s’exprimer,

De ce qu’il veut , d’abord , ne sait pas m’informer ;

Et qui , débrouillant mal une pénible intrigue ,

D’un divertissement me fait une fatigue.

J’aimerois mieux encor qu’il déclinât son nom 3 ,

< . Fameux graveur. (B.) — 2. Sophocle. (B.)

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