Il y a de pareili exemples daDs Euripide. (B
L’ART POÉTIQUE
Et dit : « Je suis Oreste, ou bien Agamemnon, »
Que d’aller, par un tas de confuses merveilles,
Sans rien dire à l’esprit, étourdir les oreilles :
Le sujet n’est jamais assez tôt expliqué.
Que le lieu de la scène y soit fixe et marqué.
Un rimeur , sans péril , delà les Pyrénées 1 ,
Sur la scène en un jour renferme des années :
Là souvent le héros d’un spectacle grossier,
Enfant au premier acte, est barbon au dernier Mais nous, que la raison à ses règles engage,
Nous voulons qu’avec art l’action se ménage ;
Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli.
Jamais au spectateur n’offrez rien d'incroyable :
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
Une merveille absurde est pour moi sans appas :
L’esprit n’est point ému de ce qu’il ne croit pas.
Ce qu’on ne doit point voir, qu’un récit nous l’expose :
Les yeux en le voyant saisiroient mieux la chose;
Mais il est des objets que l’art judicieux Doit offrir à l’oreille et reculer des yeux.
Que le trouble, toujours croissant de scène en scène,
A son comble arrivé se débrouille, sans peine.
L’esprit ne se sent point plus vivement frappé Que lorsqu’en un sujet d’intrigue enveloppé D’un secret tout à coup la vérité connue Change tout, donne à tout une face imprévue.
La tragédie, informe et grossière en naissant,
N’étoit qu’un simple chœur, où chacun en dansant,
Et du dieu des raisins entonnant les louanges ,
S’efforçoit d’attirer de fertiles vendanges Là, le vin et la joie éveillant les esprits,
Du plus habile chantre un bouc étoit le prix.
Thespis fut le premier qui, barbouillé de lie,
Promena par les bourgs1 cette heureuse folie;
Et, d’acteurs mal ornés chargeant un tombereau,
Amusa les passans d’un spectacle nouveau.
Eschyle dans le chœur jeta les personnages ,
D’un masque plus honnête babilla les visages,
Sur les ais d’un théâtre en public exhaussé Fit paroître l’acteur d’un brodequin chaussé.
Sophocle enfin, donnant l’essor à son génie;
Accrut encor la pompe , augmenta l’harmonie ,
Intéressa le chœur dans toute l’action,
t. Lope ou Lopez de Vega , poêle espagnol, né en 1683, mort en 1635. 3. Les bourgs de l’AUique. (B.)
CHANT III
Des vers trop raboteux polit l’expressiou,
Lui donna chez les Grecs cette hauteur divine Où jamais n’atteignit la foiblesse latine1.
Chez nos dévots aïeux le théâtre abhorré Fut longtemps dans la France un plaisir ignoré.
De pèlerins , dit-on , une troupe grossière 1 En public à Paris y monta la première;
Et, sottement zélée en sa simplicité,
Joua les saints, la Vierge et Dieu, par piété.
Le savoir, à la fin dissipant l’ignorance ,
Fit voir de ce projet la dévote imprudence.
On chassa ces docteurs prêchant sans mission;
On vit renaître Hector, Andromaque, Ilion5.
Seulement, les acteurs laissant le masque antique*,
Le violon tint lieu de chœur et de musique *.
Bientôt l’amour, fertile en tendres sentimens,
S’empara du théâtre ainsi que des romans.
De cette passion la sensible peinture
Est pour aller au cœur la route la plus sûre.
Peignez donc, j’y consens, les héros amoureux;
Mais ne m’en formez pas des bergers doucereux :
Qu’ Achille aime autrement que Thyrsis et Philène;
N’allez pas d’un Cyrus nous faire un Artamène8;
Et que l'amour, souvent de remords combattu ,
Paroisse une foiblesse et non une vertu.
Des héros de roman fuyez les petitesses :
Toutefois aux grands cœurs donnez quelques foiblesses.
Achille déplairoit , moins bouillant et moins prompt ;
J’aime à lui voir verser des pleurs pour un affront.
A ces petits défauts marqués dans sa peinture ,
L’esprit avec plaisir reconnoît la nature.
Qu’il soit sur ce modèle en vos écrits tracé :
Qu’Agamemnon soit fier, superbe , intéressé ;
Que pour ses dieux Énée ait un respect austère.
Conservez à chacun son propre caractère.
Des siècles , des pays étudiez les mœurs :
Les climats font souvent les diverses humeurs.
< . Voy. Quintilien, liv. X, chap. i. (B.)