‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 124 sur 492 · M. le premier président de Lamoignon. (B · texte numérisé non relu

M. le premier président de Lamoignon. (B

2. 11 y eut de grandes brouillerics dans ces deux couvens à l’occasion de quelques supérieurs qu’on y vouloil élire. (B.)

3. Les dissensions de ces moines avoient donné lieu à uu arrêt du Parlement rendu au mois d’avril 4067 sur le réquisitoire de l’avocat général Talon.

4. Tous les deux ans , les Augustins du grand couvent nommoient, en chapitre , trois jeunes religieux pour faire leur licence en Sor-

Et cette église seule , à mes ordres rebelle ,

Nourrira dans son sein une paix éternelle 1 Suis-je donc la Discorde? et, parmi les mortels,

Qui voudra désormais encenser mes autels ? »

A ces mots, d’un bonnet couvrant sa tête énorme,

Elle prend d’un vieux chantre et la taille et la forme ;

Elle peint de bourgeons son visage guerrier ,

Et s’en va de ce pas trouver le trésorier.

Dans le réduit obscur d’une alcôve enfoncée S’élève un lit de plume à grands frais amassée :

Quatre rideaux pompeux , par un double contour ,

En défendent l’entrée à la clarté du jour.

Là, parmi les douceurs d’un tranquille silence,

Règne sur le duvet une heureuse indolence.

C’est là que le prélat, muni d’un déjeuner,

Dormant d’un léger somme , attendoit le dîner.

La jeunesse en sa fleur brille sur son visage :

Son menton sur son sein descend à double étage :

Et son corps, ramassé dans sa courte grosseur,

Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur.

La déesse en entrant , qui voit la nappe mise ,

Admire un si bel ordre , et reconnoît l’Église ,

Et , marchant à grands pas vers le lieu du repos ,

Au prélat sommeillant elle adresse ces mots :

« Tu dors, prélat, tu dors! et là-haut à ta place Le chantre aux yeux du chœur étale son audace ,

Chante les obemus, fait des processions,

Et répand à grands flots les bénédictions !

Tu dors ! attends-tu donc que , sans bulle et sans titre ,

Il te ravisse encor le rochet et la mitre ?

Sors de ce lit oiseux qui te tient attaché ,

Et renonce au repos , ou bien à l’évêché. »

bonne. L’an 1858, le chapitre, au lieu de trois, en nomma neuf, pour trois licences consécutives. Le Parlement cassa celte élection prématurée, ordonna aux Augustins de procéder à une nomination plus régulière, c’est-à-dire pour une seule licence; et sur leur refus, envoya des archers pour les y contraindre. Les religieux se mettent en défense, sonnent le tocsin , tirent sur les archers , apportent le saint sacrement sur le champ de bataille, et sont pourtant forcés de capituler. On se donne des otages de part et d’autre ; on convient que les assiégés auront la vie sauve. Les commissaires du Parlement entrent dans le monastère; ils font arrêter et conduire à la Conciergerie onze religieux. Mais vingt-sept jours après , le cardinal Mazarin , l’enncmt du Parlement, met en liberté les onze prisonniers qui sont reconduits en triomphe et dans les carrosses du roi, à leur couvent. Leurs confrères vont les recevoir en procession, les palmes à la main, sonnent toutes les cloches et chantent le Te Veum. La Fontaine a composé sur cet événement une ballade.

LE LUTRIN

Elle dit : et , du vent de sa bouche profane ,

Lui souille avec ces mots l’ardeur de la chicane.

Le prélat se réveille , et , plein d’émotion ,

Lui donne toutefois la bénédiction.

Tel qu’on voit un taureau qu’une guêpe en furie A piqué dans les flancs aux dépens de sa vie;

Le superbe animal, agité de tourmens,

Exhale sa douleur en longs mugissemens :

Tel le fougueux prélat, que ce songe épouvante,

Querelle en se levant et laquais et servante;

Et, d’un juste courroux rallumant sa vigueur,

Même avant le dîner parle d’aller au chœur.

Le prudent Gilotin, son aumônier fidèle',

En vain par ses conseils sagement le rappelle;

Lui montre le péril; que midi va sonner;

Qu’il va faire, s’il sort, refroidir le dîner.

« Quelle fureur , dit-il , quel aveugle caprice ,

Quand le dîner est prêt , vous appelle à l’office ?

De votre dignité soutenez mieux l’éclat :

Est-ce pour travailler que vous êtes prélat ?

A quoi bon ce dégoût et ce zèle inutile ?

Est-il donc pour jeûner quatre-temps ou vigile ?

Reprenez vos esprits , et souvenez-vous bien Qu’un dîner réchauffé ne valut jamais rien. »

Ainsi dit Gilotin; et ce ministre sage Sur table, au même instant, fait servir le potage.

Le prélat voit la soupe, et plein d’un saint respect,

Demeure quelque temps muet à cet aspect.

Il cède, il dîne enfin; mais, toujours plus farouche,

Les morceaux trop hâtés se pressent dans sa bouche.

Gilotin en gémit, et, sortant, de fureur,

Chez tous ses partisans va semer la terreur.

On voit courir chez lui leurs troupes éperdues,

Comme l’on voit marcher les bataillons de grues1,

Quand le Pygmée altier, redoublant ses efforts.

De l’Hèbre 1 ou du Strymon * vient d’occuper les bords.

A l’aspect imprévu de leur foule agréable,

Le prélat radouci veut se lever de table :

La couleur lui renaît , sa voix change de ton ;

Il fait par Gilotin rapporter un jambon.

Lui- même le premier, pour honorer la troupe,

D’un vin pur et vermeil il fait remplir sa coupe;

1 . Le véritable nom de ce personnage étoit Guéronnet. Le trésorier lui donna depuis la cure de la Sainte-Chapelle.

-2. Homère, Iliade, livre 111, vers 6. (B.)

3. Fleuve de Thrace. (B.) — t. Fléuve de l'ancienne Thrace. (B.)

Il l’arale d’un trait, et chacun l'imitant,

La cruche au large ventre est vide en un instant.

Sitôt que du nectar la troupe est abreuvée , '

On dessert : et soudain, la nappe étant levée,

Le prélat, d’une voix conforme à son malheur,

Leur confie en ces mots sa trop juste douleur :

• Illustres compagnons de mes longues fatigues,

Qui m’avez soutenu par vos pieuses ligues ,

Et par qui , maître enfin d’un chapitre insensé , <

Seul à Magnificat je me vois encensé ;

Souffrirez-vous toujours qu’un orgueilleux m’outraga ;

Que le chantre à vos yeux détruise votre ouvrage ,

Usurpe tous mes droits, et s’égalant à moi,

Donne à votre lutrin et le ton et la loi ?

Ce matin même encor, ce n’est point un mensonge,

Une divinité me l’a fait voir en songe;

L’insolent, s’emparant du fruit de mes travaux,

A prononcé pour moi le Benedicat vos !

Oui, pour mieux m’égorger, il prend mes propres armes. »

Le prélat à ces mots verse un torrent de larmes.

Il veut , mais vainement , poursuivre son discours :

Ses sanglots redoublés en arrêtent le cours.

Le zélé Gilotin, qui prend part à sa gloire,

Pour lui rendre la voix fait rapporter à boire;

Quand Sidrac1, à qui l’âge allonge le chemin,

Arrive dans la chambre un bâton à la main.

Ce vieillard dans le chœur a déjà vu quatre âges .

Il sait de tous les temps les différens usages :

Et son rare savoir, de simple marguillier1,

L’éleva par degrés au rang de chevecier1.

A l’aspect du prélat qui tombe en défaillance,

Il devine son mal, il se ride, il s’avance;

Et d’un ton paternel réprimant ses douleurs :

« Laisse au chantre, dit-il, la tristesse et les pleurs.

Prélat , et , pour sauver tes droits et ton empire ,

Ecoute seulement ce que le ciel m’inspire.

Vers cet endroit du chœur où le chantre orgueilleux Montre, assis à ta gauche, un front si sourcilleux,

Sur ce rang d’ais serrés qui forment sa clôture Fut jadis un lutrin d’inégale structure ,

Dont les flancs élargis , de leur vaste contour Ombrageoient pleinement tous les lieux d’alentour.

Derrière ce lutrin, ainsi qu’au fond d’un antre,

4 . Sidrac est le vrai nom d’un vieux chapelain de la Sainte-Chapelle.

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