‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 129 sur 492 · Pour Hesnauit · texte numérisé non relu

Pour Hesnauit

4. Virgile, Géorg., livre I, vers 135 ; et Énéide, livre I , vers 47S (B.)

Cet astre tremblotant, dont le jour les conduit,

Est pour eux un soleil au milieu de la nuit- Le temple à sa faveur est ouvert par Boirude :

Ils passent de la nef la vaste solitude ,

Et dans la sacristie entrant, non sans terreur,

En percent jusqu’au fond la ténébreuse horreur C’est là que du lutrin gît la machine énorme.

La troupe quelque temps en admire la forme.

Mais le barbier, qui tient les momens précieux .

« Ce spectacle n’est pas pour amuser nos yeux,

Dit-il, le temps est cher; portons-le dans le temple; C’est là qu'il faut demain qu’un prélat le contemple.»

Et d’un bras , à ces mots , qui peut tout ébranler , Lui-même , se courbant , s’apprête à le rouler.

Mais à peine il y touche , 6 prodige incroyable 1 Que du pupitre sort une voix effroyable1.

Brontin en est ému , le sacristain pâlit ;

Le perruquier commence à regretter son lit.

Dans son hardi projet toutefois il s’obstine ,

Lorsque des flancs poudreux de la vaste machine L’oiseau sort en courroux, et, d’un cri menaçant, Achève d’étonner le barbier frémissant;

De ses ailes dans l’air secouant la poussière ,

Dans la main de Boirude il éteint la lumière.

Les guerriers à ce coup demeurent confondus;

Ils regagnent la nef, de frayeur éperdus.

Sous leurs corps tremblotans leurs genoux s’affoiblissent ; D’une subite horreur leurs cheveux se hérissent ;

Et bientôt, au travers des ombres de la nuit,

Le timide escadron se dissipe et s’enfuit.

Ainsi lorsqu’en un coin , qui leur tient lieu d’asile , D’écoliers libertins une troupe indocile ,

Loin des yeux d’un préfet au travail assidu,

Va tenir quelquefois un brelan défendu;

Si du veillant Argus la figure effrayante

Dans l’ardeur du plaisir à leurs yeux se présente,

Le jeu cesse à l’instant , l’asile est déserté ,

Et tout fuit à grands pas le tyran redouté.

La Discorde qui voit leur honteuse disgrâce ,

Dans les airs cependant, tonne, éclate, menace,

Et , malgré la frayeur dont leurs cœurs sont glacés , S’apprête à réunir ses soldats dispersés.

Aussitôt de Sidrac elle emprunte l’image :

Elle ride son front , allonge son visage ,

Sur un bâton noueux laisse courber son corps,

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