‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 130 sur 492 · I. Ênèide, livre III, ver» 39. (B.l Boujuu · texte numérisé non relu

I. Ênèide, livre III, ver» 39. (B.l Boujuu

LE LUTRIN

Dont la chicane semble animer les ressorts;

Prend un cierge en sa main, et, d’une voix cassee,

Vient ainsi gourmander la troupe terrassée :

« Lâches, où fuyez-vous? quelle peur vous abat?

Aux cris d’un vil oiseau vous cédez sans combat!

Ou sont ces beaux discours jadis si pleins d’audace?

Craignez-vous d’un hibou l’impuissante grimace?

Que feriez-vous, hélas! si quelque exploit nouveau Chaque jour, comme moi, vous traînoit au barreau;

S’il falloit , sans amis, briguant une audience,

D’un magistrat glacé soutenir la présence ,

Ou, d’un nouveau procès hardi solliciteur,

Aborder sans argent un clerc de rapporteur?

Croyez-moi, mes enfans, je vous parle à bon titre :

J’ai moi seul autrefois plaidé tout un chapitre;

Et le barreau n’a point de monstres si hagards ,

Dont mon œil n’ait cent fois soutenu les regards.

Tous les jours sans trembler j’assiégeois leurs passages L’Église étoit alors fertile en grands courages :

Le moindre d’entre nous, sans argent, sans appui,

Eût plaidé le prélat et le chantre avec lui.

Le monde , de qui l’âge avance les ruines ,

Ne peut plus enfanter de ces âmes divines1;

Mais que vos cœurs , du moins , imitant leurs vertus ,

De l’aspect d’un hibou ne soient pas abattus.

Songez quel déshonneur va souiller votre gloire ,

Quand le chantre demain entendra sa victoire.

Vous verrez tous les jours le chanoine insolent,

Au seul mot de hibou vous sourire en parlant.

Votre âme, à ce penser, de colère murmure;

Allez donc de ce pas en prévenir l’injure;

Méritez les lauriers qui vous sont réservés ,

Et ressouvenez-vous quel prélat vous servez.

Mais déjà la fureur dans vos yeux étincelle :

Marchez, courez, volez où l’honneur vous appelle.

Que le prélat, surpris d’un changement si prompt,

Apprenne la vengeance aussitôt que l’affront. *

En achevant ces mots, la déesse guerrière De son pied trace en l’air un sillon de lumière ,

Rend aux trois champions leur intrépidité,

Et les laisse tout pleins de sa divinité.

C’est ainsi , grand Condé , qu’en ce combat célèbre* ,

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