‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 142 sur 492 · DISCOURS SUR L’ODE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR L’ODE

Pour revenir à Pindare , il ne seroit pas difficile d'en faire sentir les beautés à des gens qui se seraient un peu familiarisé le grec ; mais comme cette langue est aujourd’hui assez ignorée de la plupart des hommes , et qu’il n’est pas possible de leur faire voir Pindare dans Pindare même , j’ai cru que je ne pouvois mieux justifier ce grand poète qu’en tâchant de faire une ode en françois à sa manière , c’est-à-dire pleine de mouvemens et de transports , où l’esprit parût plutôt entraîné du démon de la poésie que guidé par la raison. C’est le but que je me suis proposé dans l’ode qu’on va voir. J’ai pris pour sujet la prise de Namur , comme la plus grande action de guerre qui se soit faite de nos jours , et comme la matière la plus propre à échauffer l’imagination d’un poète. J’y ai jeté, autant que j’ai pu, la magnificence des mots; et, à l’exemple des anciens poètes dithyrambiques , j’y ai employé les figures les plus audacieuses, jusqu’à y faire un astre de la plume blanche que le roi porte ordinairement à son chapeau , et qui est en effet comme une espèce de comète fatale à nos ennemis , qui se jugent perdus dès qu’ils l’aperçoiveat. Voilà le dessein de cet ouvrage. Je ne réponds pas d’y avoir réussi ; et je ne sais si le public accoutumé aux sages emportemens de Malherbe , s’accommodera de ces saillies et de ces excès pindariques. Mais , supposé que j’y aie échoué , je m’en consolerai du moins par le commencement de cette fameuse ode latine d’Horace ,

Pindarum quisquis studet æmulari , etc. ,

où Horace donne assez à entendre que s’il eût voulu lui-même s’élever à la hauteur de Pindare , il se seroit cru en grand hasard de tomber.

Au reste , comme parmi les épigrammes qui sont imprimées à la suite de cette ode, on trouvera encore une autre petite ode de ma façon , que je n’avois point jusqu’ici insérée dans mes écrits , je suis bien aise , pour ne me point brouiller avec les Anglois d’aujourd’hui , de faire ici ressouvenir le lecteur que les Anglois que j’attaque dans ce petit poème , qui est un ouvrage de ma première jeunesse, ce sont les Anglois du temps de Cromwell.

J’ai joint aussi à ces épigrammes un arrêt burlesque donné au Parnasse, que j’ai composé autrefois, afin de prévenir un arrêt très-sérieux , que l’Université songeoit à obtenir du Parlement , contre ceux qui enseigneraient dans les écoles de philosophie d’autres principes que ceui d’Aristote. La plaisanterie y descend un peu bas , et est toute dans les termes de la pratique ; mais il falloit qu’elle fût ainsi, pour faire son effet, qui fut très-heureux, et obligea , pour ainsi dire , l’Université à supprimer la requête qu’elle alloit présenter.

Ridiculum acri

Fortius ac melius magnas plerumque secat res.

ODES

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