I. ODE SUR LA PRISE DE NAMUR
Quelle docte et sainte ivresse Aujourd’hui me fait la loi?
Chastes Nymphes du Permesse,
N’est- ce pas vous que je voi?
Accourez , troupe savante :
Des sons que ma lyre enfante Ces arbres sont réjouis.
Marquez-en bien la cadence;
Et vous , vents , faites silence :
Je vais parler de Louis.
Dans ses chansons immortelles,
Comme un aigle audacieux,
Pindare, étendant ses ailes,
Fuit loin des vulgaires yeux.
Mais, ô ma fidèle lyre !
Si , dans l’ardeur qui m’inspire ,
Tu peux suivre mes transports,
Les chênes des monts’ de Thrace N’ont rien ouï que n’efface La douceur de tes accords.
Est-ce Apollon et Neptune Qui , sur ces rocs sourcilleux ,
Ont, compagnons de fortune’,
Bâti ces murs orgueilleux?
De leur enceinte fameuse La Sambre, unie à la Meuse,
Défend le fatal abord;
Et, par cent bouches horribles,
L’airain sur ces monts terribles Vomit le fer et la mort.
Dix mille vaillans Alcides Les bordant de toutes parts,
1. Louis XIV commença le siège deNamur le 26 mai <692; la ville fut prise le & juin, et le château se rendit le 30.