I . Vers fxtreila do la Pucelle (B
2 On disoit encore temple pour tempe.
LES HÉROS DE ROMANS
diogèke. — Ce n’est pas manque d’avoir été bien payé, et d’avoir exactement touché ses pensions.
plüton. — Voilà de l’argent bien mal employé. Eh! Pucelle d’Orléans, pourquoi vous êtes- vous chargé la mémoire de ces grands vilains mots , vous qui ne songiez autrefois qu’à délivrer votre patrie, et qui n’aviez d’objet que la gloire?
la pucelle. — La gloire?
« Un seul endroit y mène, et de ce seul endroit
Droite et roide.... »
plüton. — Ah ! elle m’écorche les oreilles.
LA PUCELLE
« Droite et roide est la côte et le sentier étroit1. »
plüton. — Quels vers, juste ciel! je n’en puis pas entendre prononcer un , que ma tête ne soit prête à se fendre.
LA PUCELLE
« De flèches toutefois aucune ne l’atteint;
Ou pourtant l’atteignant de son sang ne se teint. »
plüton. — Encore! J’avoue que de toutes les héroïnes qui ont paru en ce lieu , celle-ci me paroît beaucoup la plus insupportable. Vraiment elle ne prêche pas la tendresse. Tout en elle n’est que dureté et que sécheresse , et elle me paroît plus propre à glacer l’âme qu’à inspirer l’amour.
diogène. — Elle en a pourtant inspiré au vaillant Dunois.
plüton. — Elle! inspirer de l’amour au cœur de Dunois!
diogène. — Oui assurément :
a Au grand cœur de Dunois, le plus grand de la terre,
Grand cœur qui dans lui seul deux grands amours enserre. »
Mais il faut savoir quel amour. Dunois s’en explique ainsi luimême en un endroit du poème fait pour cette merveilleuse fille :
a Pour ces célestes yeux , pour ce front magnanime ,
Je n’ai que du respect, je n’ai que de l’estime;
Je n’en souhaite rien; et si j’en suis amant,
D’un amour sans désir je l’aime seulement.
Et soit. Consumons-nous d’une flamme si belle :
Brûlons en holocauste aux yeux de la Pucelle’. »
Ne voilà-t-il pas une passion bien exprimée? et le mot d’holocauste n’est-il pas tout à fait bien placé dans la bouche d’un guerrier comme Dunois.
plüton. — Sans doute: et cette vertueuse guerrière peut innocemment , avec de tels vers , aller tout de ce pas , si elle veut , inspirer un pareil amour à tous les héros qui sont dans ces gale-
I. Chant V de la Pucelle , de Chapelain. — 3. Ibidem, livre II.
LES HÉROS DE ROMANS
ries. Je ne crains pas que cela leur amollisse l’âme. Mais du reste qu’elle s’en aille : car je tremble qu’elle ne me veuille encore réciter quelques-uns de ses vers, et je ne suis pas résolu de les entendre. La voilà enfin partie. Je ne vois plus ici aucun héros, ce me semble. Mais non , je me trompe : en voici encore un qui demeure immobile derrière cette porte. Vraisemblablement il n’a pas entendu que je voulois que tout le monde sortît. Le connois-tu ^ Diogène?
diogènk. — C’est Pharamond 1 , le premier roi des François. pluton. — Que dit-il? il parle en lui-même. pharamond. — Vous le savez bien, divine Rosemonde, que pour vous aimer je n’attendis pas que j’eusse le bonheur de vous connoître, et que c’est sur le seul récit de vos charmes, fait par un de mes rivaux, que je devins si ardemment épris de vous.
pluton. — 11 semble que celui-ci soit devenu amoureux avant que de voir sa maîtresse.
diogène. — Assurément il ne l’avoit point vue. pluton. — Quoi! il est devenu amoureux d’elle sur son portrait?
diogène. — Il n’avoit pas même vu son portrait. pluton. — Si ce n’est là une vraie folie, je ne sais pas ce qui peut l’être. Mais, dites-moi. vous, amoureux Pharamond, n’êtesvous pas content d’avoir fondé le plus florissant royaume de l’Europe, et de pouvoir compter au rang de vos successeurs le roi qui y règne aujourd’hui? Pourquoi vous êtes-vous allé mal à propos embarrasser l’esprit de la princesse Rosemonde? pharamond. — Il est vrai, seigneur. Mais l’amour.... pluton. — Ho! l’amour! l’amour 1 Va exagérer, si tu veux, les injustices de l’amour dans mes galeries. Mais pour moi, le premier qui m’en viendra encore parler, je lui donnerai de mon sceptre tout au travers du visage. En voilà un qui entre. Il faut que je lui casse la tète.
minos. — Prenez garde à ce que vous allez faire. Ne voyez-vous pas que c’est Mercure?
pluton. — Ah! Mercure, je vous demande pardon. Mais ne venez-vous point aussi me parler d’amour?
mercure. — Vous savez bien que je n’ai jamais fait l’amour pour moi-même. La vérité est que je l’ai fait quelquefois pour mon père Jupiter, et qu’en sa faveur autrefois j’endormis si bien le bon Argus, qu’il ne s’est jamais réveillé. Mais je viens vous apporter une bonne nouvelle. C’est qu’à peine l’artillerie que je vous amène a paru, que vos ennemis se sont rangés dans le devoir. Vous n’avez jamais été roi plus paisible de l’enfer que vous l’êtes.
pluton. — Divin messager de Jupiter, vous m’avez rendu la