VI. — La bataille des Dunes
L’armée de France , commandée par le maréchal de Turenne , et grossie du secours des Anglois , assiégeoit Dunkerque , et il y avoit déjà dix jours que la tranchée étoit ouverte , lorsque don Juan d’Autriche, gouverneur des Pays-Bays, et le prince de Condé , s’avancèrent à la tête de vingt mille hommes pour secourir la place. Ils vinrent d’abord se camper aux Dunes : on appelle ainsi de petites montagnes de sable qui s’élèvent près de celte ville et en quelques autres endroits le long des côtes de la mer. Ils étoient résolus d’attaquer les assiégeans dans leurs lignes. Le maréchal de Turenne , après avoir assuré les postes de la tranchée , fit sortir ses troupes dès le grand matin , et marcha en bataille aux ennemis. Il ne leur donna pas le temps d’attendre leur canon , et les ayant ébranlés avec le sien , il les chargea tout à coup si à propos qu’il les fit plier. Leur aile gauche , que commandoit le prince de Condé se rallia plusieurs fois et fit plusieurs charges , soutenue du nom et de la valeur de ce général. Mais enfin tout prit la fuite , et ce prince lui-même eut assez de peine à se sauver avec quelque reste de cavalerie. Toute l’infanterie fut prise ou taillée en pièces , et la défaite fut si entière , qu’elle fit perdre aux Espagnols l’espérance de se remettre, et les détermina à la paix , qui se fit l’année suivante.
C’est le sujet de cette médaille , où l’on voit la Victoire qui , un caducée à la main , marche sur des ennemis terrassés. Les mots de la légende : Victoria pacifera , signifient : la Victoire apportant la paix. Ceux de l’exergue : Hispanis cæsis ad Dunkercam. m. dc. lviii. , les Espagnols défaits près de Dunkerque, 1658. (Médailles, etc., p. 48.... Séance du 17 août 1694.)
VU. — La prise de l’Islb
Le roi étoit allé camper devant Dendermonde , dans le dessein de l’assiéger. Les habitans ayant aussitôt lâché leurs écluses, Sa Majesté tourna ses armes ailleurs ; et quoique la saison fût déjà fort avancée , et son armée diminuée considérablement , il alla mettre le siège devant l’Isle, ancienne capitale de la Flandre françoise. Elle étoit dès lors extrêmement forte , et il y avoit une garnison de six mille hommes de vieilles troupes, qui, secondés des habitans, firent une belle résistance. Cependant la présence du roi , et l’activité avec laquelle , à la tête de toutes les attaques ,
t . L’Isle , pour Lille.
il hâtoit sans cesse les travaux , encouragèrent si bien les soldats que cette grande ville, après neuf jours de tranchée ouverte, fut réduite à capituler. Il y entra le 28 août, d’autant plus satisfait, qu’il s’étoit engagé à ce siège contre le sentiment de la plupart des principaux officiers de son armée, qui jugeoient l’entreprise trop hasardeuse. Sa Majesté, non-seulement accorda à la ville la continuation de tous ses privilèges; mais dans la suite, parles grâces qu’il lui a faites, et par le soin qu’il a pris d’y attirer et d’y maintenir le commerce , il l’a rendue une des plus riches villes de l’Europe.
C’est le sujet de cette médaille. La ville de l’Isle , sous la figure d’une femme suppliante , présente ses clefs à la Victoire , qui les reçoit, et qui tient une corne d’abondance à la main. Les mots de la légende : Rex victor et locopletator , signifient : le roi vainqueur et bienfaiteur. L’exergue : Insula capta, m. dc. lxyii, Prise de l'Isle , 1667. (Médailles , etc. , p. 99.... Séance du 26 mors 1695.)