Cela est devenu vrai depuis
le veut bizarrement persuader. Il n’y a qu’à lire sur cela Eustathius4. Il n’est donc pas surprenant qu’aucun autre poète qu’Homère n’ait intitulé ses vers r amodies , parce qu’il n’y a jamais eu proprement que les vers d*Homère qu’on ait chantés de la sorte. Il paroit néanmoins que ceux qui dans la suite pnt fait de ces parodies, qu’on appeloit Centons d’Homère1, ont aussi nommé ces centons rapsodies; et c’est peut-être ce qui a rendu le mot de rapsodie odieux en françois, où il veut dire un amas de méchantes pièces recousues. Je viens maintenant au passage d’Élien5, que cite M. Perrault; et afin qu’en faisant voir sa méprise et sa mauvaise foi sur ce passage , il ne m’accuse pas , à son ordinaire , de lui imposer, je vais rapporter ses propres mots. Les voici: a Ëlien , dont le témoignage n’est pas frivole, dit formellement que l’opinion des anciens critiques étoit qu’Homère n’avoit jamais composé M Iliade et l'Odyssée que par morceaux, sans unité de dessein ; et qu’il n’avoit point donné d’autres noms à ces diverses parties qu’il avoit composées sans ordre et sans arrangement dans la chaleur de son imagination , que les noms des matières dont il traitoit ; qu’il avoit intitulé la Colère d’Achille, le chant qui a depuis été le premier livre de l’Iliade; le Dénombrement des vaisseaux, celui qui est devenu le second livre; le Combat de Pâris et de Ménélas , celui dont on a fait le troisième , et ainsi des autres. Il ajoute que Lycurgue de Lacédémone fut le premier qui apporta d’Ionie dans la Grèce ces diverses parties séparées les unes des autres : et que ce fut Pisistrate qui les arrangea , comme je viens de le dire , et qui fit les deux poèmes de l’Iliade et de l’Odyssée, en la manière que nous les voyons aujourd’hui, de vingt-quatre livres chacun, en l’honneur des vingt-quatre lettres de l’alphabet 4. »
A en juger par la hauteur dont M. Perrault étale ici toute cette belle érudition , pourroit-on soupçonner qu’il n’y a rien de tout cela dans Elien ? Cependant il est très-véritable qu’il n’y en a pas un mot , Elien ne disant autre chose , sinon que les œuvres d’Homère , qu’on avoit complètes en Ionie , ayant couru d’abord par pièces détachées dans la Grèce, où on les chantoit sous différées titres , elles furent enfin apportées toutes entières d’Ionie par Lycurgue, et données au public par Pisistrate, qui les revit. Mais pour faire voir que je dis vrai, il faut rapporter ici les propres termes d’Elien : * Les poésies d’Homère , dit cet auteur , courant d’abord en Grèce par pièces détachées , étoient chantées chez
4. Eustathe, évêque de Thess&lonique au xu* siècle, auteur d’un très-volumineux commentaire grec gur Homère.