Parallèles de M. Perrault, tome 111. (B
SUR LONGIN
les anciens Grecs sous de certains titres qu’ils leur donnoient. L’une s’appeloit le Combat proche des vaisseaux; l’autre, Dolon surpris; l’autre, la Valeur d’Agamemnon; l’autre, le Dénombrement des vaisseaux ; l’autre , la Patroclée ; l’autre , le Corps d’Hector racheté; l’autre, les Combats faits en l’honneur de Patrocle; l’autre , les Sermens violés. C’est ainsi à peu près que se distribuoit Y Iliade. Il en étoit de même des parties de Y Odyssée : l’une s’appeloit le Voyage à Pyle; l’autre, le Passage à Lacédémone, l’Antre de Calypso, le Vaisseau, la Fable d'Alcinoüs, le Cyclope, la Descente aux enfers , les Bains de Circé , le Meurtre des amans de Pénélope, la Visite rendue à Laërte dans son champ, etc. Lycurgue Lacédémonien fut le premier qui, venant d’Ionie, apporta assez tard en Grèce toutes les œuvres complètes d’Homère; et Pisistrate , les ayant ramassées ensemble dans un volume , fut celui qui donna au public Y Iliade et Y Odyssée, en l’état que nous les avons'.» Y a-t-il là un seul mot dans le sens que lui donne M. Perrault? Où Élien dit-il formellement que l’opinion des anciens critiques étoit qu’Homère n’avoit composé Y Iliade et Y Odyssée que par morceaux , et qu’il n’avoit point donné d’autres noms à ces diverses parties qu’il avoit composées sans ordre et sans arrangement dans la chaleur de son imagination , que les noms des matières dont il traitoit ? Est-il seulement parlé là de ce qu’a fait ou pensé Homère en composant ses ouvrages? Et tout ce qu’Élien avance ne regarde-t-il pas simplement ceux qui chantoient en Grèce les poésies de ce divin poète , et qui en savoient par cœur beaucoup de pièces détachées, auxquelles ils donnoient les noms qu’il leur plaisoit, ces pièces y étant toutes longtemps même avant l’arrivée de Lycurgue ? Où est-il parlé que Pisistrate fit Ylliade et YOdyssée? Il est vrai que le traducteur latin a mis confecit; mais outre que confecit en cet endroit ne veut point dire fit, mais romassa , cela est fort mal traduit ; et il y a dans le grec àittçipvs , qui signifie , « les montra , les fit voir au public. » Enfin , bien loin de faire tort à la gloire d’Homère, y a-t-il rien de plus honorable pour lui que ce passage d’Êlien , où l’on voit que les ouvrages de ce grand poète avoient d’abord couru en Grèce dans la bouche de tous les hommes , qui en faisoient leurs délices , et se les apprenoient les uns aux autres, et qu’ensuite ils furent donnés complets au public par un des plus galans hommes de son siècle , je veux dire par Pisistrate , celui qui se rendit maître d’Athènes? Eustathius cite encore , outre Pisistrate, deux des plus fameux grammairiens1 d’alors, qui contribuèrent, dit-il, à ce travail; de sorte qu’il n’y a peut-être point d’ouvrages de l’antiquité qu’on soit si sûr d’avoir complets et en bon ordre, que Ylliade et YOdyssée. Ainsi voilà plus de vingt bévues que M. Perrault a faites sur le seul passage