Arislarque cl Zénodole. Eustat., préface, page 6. (B
d’Élien. Cependant c’est sur ce passage qu’il fonde toutes les absurdités qu’il dit d’Homère. Prenant de là occasion de traiter de haut en bas l’un des meilleurs livres de poétique qui , du consentement de tous les habiles gens, aient été faits en notre langue, c’est à savoir le Traité du poème épique du père Le Bossu 1 , et où ce savant religieux fait si bien voir l’unité, la beauté et l’admirable construction des poèmes de l’Iliade , de l’Odyssée et de V Enéide, M. Perrault, sans se donner la peine de réfuter toutes les choses solides que ce père a écrites sur ce sujet, se contente de le traiter d’homme à chimères et à visions creuses. On me permettra d’interrompre ici ma remarque, pour lui demander de quel droit il parle avec ce mépris d’un auteur approuvé de tout le monde, lui qui trouve si mauvais que je me sois moqué de Chapelain et de Cotin , c’est-à-dire , de deux auteurs universellement décriés. Ne se souvient-il'point que le père Le Bossu est un auteur moderne, et un auteur moderne excellent? Assurément il s’en souvient, et c’est vraisemblablement ce qui le lui rend insupportable ; car ce n’est pas simplement aux anciens qu’en veut M. Perrault, c’est à tout ce qu’il y a jamais eu d’écrivains d’un mérite élevé dans tous les siècles , et même dans le nôtre ; n’ayant d’autre but que de placer, s’il lui étoit possible , sur le trône des belles-lettres ses chers amis , les auteurs médiocres , afin d’y trouver sa place avec eux. C’est dans cette vue qu’en son dernier dialogue2 il a fait cette belle apologie de Chapelain, poète à la vérité un peu dur dans ses expressions , et dont il ne fait point , dit-il , son héros ; mais qu’il trouve souvent beaucoup plus sensé qu’Homère et que Virgile , et qu’il met du moins en même rang que le Tasse , affectant de parler de la Jérusalem délivrée et de la Pucellc comme de deux ouvrages modernes qui ont la même cause à soutenir contre les poèmes anciens.
Que s’il loue en quelques endroits Malherbe , Racan , Molière et Corneille , et s’il les met au-dessus de tous les anciens , qui ne voit que ce n’est qu’afin de les mieux avilir dans la suite, et pour rendre plus complet le triomphe de M. Quinault, qu’il met beaucoup au-dessus d’eux , et a qui est , dit-il en propres termes , le plus grand poète que la France ait jamais eu pour le lyrique et pour le dramatique ?» Je ne veux point ici offenser la mémoire de M. Quinault, qui, malgré tous nos démêlés poétiques, est mort mon ami. Il avoit, je l’avoue, beaucoup d’esprit, et un talent tout particulier pour faire des vers bons à mettre en chant : mais ces vers n’étoient pas d’une grande force , ni d’une grande élévation ; et c’ étoit leur foiblesse même qui les rendoit d’autant plus propres
< . Génovéfain , mort en <680, auteur d’un Parallèle d’Aristote et de Descartes , et d’un Traité du poème épique.
2. Dana le troisième volume des Parallèles , en <002. Le tome IV n'a paru qu’en <006.
SUR LONGIN
pour le musicien , auquel ils doivent leur principale gloire , puisqu’il n’y a en effet de tous ses ouvrages que les opéras qui soient recherchés. Encore est-il bon que les notes de musique les accompagnent : car, pour les autres pièces de théâtre, qu’il a faites en fort grand nombre , il y a longtemps qu’on ne les joue plus , et on ne se souvient pas même qu’elles aient été faites.
Du reste, il est certain que M. Quinault étoit un très-honnête homme , et si modeste , que je suis persuadé que , s’il étoit encore en vie , il ne serait guère moins choqué des louanges outrées que lui donne ici M. Perrault , que des traits qui sont contre lui dans mes satires. Mais , pour revenir à Homère , on trouvera bon , puisque je suis en train, qu’avant que de finir cette remarque, je fasse encore voir ici cinq énormes bévues que notre censeur a faites eu sept ou huit pages , voulant reprendre ce grand poète.
La première est à la page 72 , où il le raille d’avoir, par une ridicule observation anatomique, écrit, dit-il, dans le quatrième livre de 1 ’ Iliade 1 , que Ménélas avoit les talons à l’extrémité des jambes. C’est ainsi qu’avec son agrément ordinaire il traduit un endroit très-sensé et très-naturel d’Homère , où le poète , à propos du sang qui sortoit de la blessure de Ménélas , ayant apporté la comparaison de l’ivoire qu’une femme de Carie a teint en couleur de pourpre : «De même, dit-il, Ménélas, ta cuisse et ta jambe, jusqu’à l'extrémité du talon , furent alors teintes de ton sang. »
Toîoi tôt, MsvÉXot, (udv(b)v aîptaxt [iripot Eùçote;, xviifjuxî x’ •rjéè erçvpà xiV ûnévepOt'.
Talia tibi , Menelae , fadata sunt cruore femora ,
Solida , tibiÆ , talique pulchri , infra.
Est-ce là dire anatomiquement que Ménélas avoit les talons à l’extrémité des jambes , et le censeur est-il excusable de n’avoir pas au moins vu dans la version latine que l’adverbe infra ne se construisoit pas avec talus , mais avec fœdata sunt ? Si M. Perrault veut voir de ces ridicules observations anatomiques, il ne faut pas qu’il aille feuilleter l’Iliade , il faut qu’il relise la Pucelle. C’est là qu’il en pourra trouver un bon nombre ; et entre autres celle-ci, où son cher M. Chapelain met au rang des agrémens de la belle Agnès , qu’elle avoit les doigts inégaux; ce qu’il exprime en ces jolis termes :
On voit hors des deux bouts de ses deux courtes manches , Sortir à découvert deux mains longues et blanches ,
Dont les doigts inégaux, mais tous ronds et menus,
Imitent l’embonpoint des bras ronds et charnus.
La seconde bévue est à la page suivante , où notre censeur accuse Homère de n’avoir point su les arts ; et cela , pour avoir