‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 251 sur 492 · I. Vers 146. (B · texte numérisé non relu

I. Vers 146. (B

Boileau 16

dit, dans le troisième de l’Odyssée 1 , que le fondeur que Nestor fit venir pour dorer les cornes du taureau qu'il vouloit sacrifier, vint avec son enclume , son marteau et ses tenailles. A-t-on besoin, dit M. Perrault, d'enclume ni de marteau pour dorer? Il est bon premièrement de lui apprendre qu’il n’est point parlé là d’un fondeur, mais d’un forgeron’; et ce forgeron, qui étoit en même temps et le fondeur et le batteur d’or de la ville de Pyle, ne venoit pas seulement pour dorer les cornes du taureau, mais pour battre l’or dont il les devoit dorer , et que c’est pour cela qu’il avoit apporté ses instrumens, comme le poète le dit en propres termes : otei v te ypvsôv elpy ôÇeto , instrumenta quibus aurum elaborabat. Il paroît même que ce fut Nestor qui lui fournit l’or qu’il battit. Il est vrai qu’il n’avoit pas besoin pour cela d’une fort grosse enclume ; aussi celle qu’il apporta étoit-elle si petite qu’Homère assure qu’il la tenoit entre ses mains. Ainsi on voit qu’Homère a parfaitement entendu l’art dont il parloit. Mais comment justifierons-nous M. Perrault , cet homme d’un si grand goût , et si habile en toutes sortes d’arts , ainsi qu’il s’en vante lui-même dans la lettre qu’il m’a écrite; comment, dis-je, l’excuserons-nous d’être encore à apprendre que les feuilles d’or dont on se sert pour dorer ne sont que de l’or extrêmement battu ?

La troisième bévue est encore plus ridicule. Elle est à la même page où il traite notre poète de grossier , d’avoir fait dire à Ulysse par la princesse Nausicaa, dans T Odyssée*, «qu’elle n’approuvoit point qu’une fille couchât avec un homme avant de l’avoir épousé. » Si le mot grec , qu’il explique de la sorte , vouloit dire en cet endroit coucher , la chose serait encore bien plus ridicule que ne dit notre critique , puisque ce mot est joint en cet endroit à un pluriel ; et qu’ainsi la princesse Nausicaa dirait: «qu’elle n’approuve point qu’une fille couche avec plusieurs hommes avant que d’être mariée. » Cependant c’est une chose très-honnête et pleine de pudeur qu'elle dit ici à Ulysse : car, dans le dessein qu’elle a de l’introduire à la cour du roi son père , elle lui fait entendre qu’elle va devant préparer toutes choses; mais qu’il ne faut pas qu’on la voie entrer avec lui dans la ville , à cause des Phéaques , peuple fort médisant, qui ne manqueraient pas d’en faire de mauvais discours; ajoutant qu’elle n’approuveroit pas elle-même la conduite d’une fille qui , sans le congé de son père et de sa mère , fréquenterait des hommes avant que d’être mariée. C’est ainsi que tous les interprètes ont expliqué en cet endroit les mots àvSpdor lueyeefiai , misceri hominibus , y en ayant même qui ont mis à la marge du texte grec , pour prévenir les Perrault : « Gardez-vous bien de croire que (uafeoBat en cet endroit veuille dire coucher. » En effet, ce mot est presque employé partout dans l'Iliade et

I, Vers 425 et suiv. (B.) — 2. Xalx<éf. (B,)

Page 1