Odyssée, livre X, vers 239 et suivans. (B
3. Brossette et Saint-Marc s’étonnent ayec raison que Boileau n’ait point effacé ces trois mots que rend tout i fait superflus le mot aujourd'hui, qui se trouve trois lignes plus bas.
des plus grands écrivains de l’antiquité , se met aujourd’hui à la mode parmi beaucoup de petits esprits , aussi ignorans qu’orgueilleux et pleins d’eux-mêmes, il ne sera pas hors de propos de leur faire voir ici de quelle manière cette liberté a réussi autrefois à ce rhéteur, homme fort savant, ainsi que le témoigne Denys d’Halicarnasse, et à qui je ne vois pas qu’on puisse rien reprocher sur les mœurs, puisqu’il fut toute sa vie très-pauvre , et que , malgré l’animosité que ses critiques sur Homère et sur Platon avoient excitée contre lui , on ne l’a jamais accusé d’autre crime que de ces critiques mêmes , et d’un peu de misanthropie.
Il faut donc premièrement voir ce que dit de lui Vitruve, le célèbre architecte car c’est lui qui en parle le plus au long; et afin que M. Perrault ne m’accuse pas d’altérer le texte de cet auteur, je mettrai ici les mots mêmes de monsieur son frère le médecin, qui nous a donné Vitruve en françois. « Quelques années après (c’est Vitruve qui parle dans la traduction de ce médecin), Zoïle, qui se faisoit appeler le fléau d’Homère, vint de Macédoine à Alexandrie, et présenta au roi les livres qu’il avoit composés contre l’Iliade et contre l'Odyssée. Ptolémée1, indigné que l’on attaquât si insolemment le père de tous les poètes , et que l’on maltraitât ainsi celui que tous les savans reconnoissent pour leur maître , dont toute la terre admirait les écrits , et qui n’étoit pas là pour se défendre , ne fit point de réponse. Cependant Zoïle ayant longtemps attendu , et étant pressé de la nécessité, fit supplier le roi de lui faire donner quelque chose. A quoi l’on dit qu’il fit cette réponse : « Que puisqu’Homère , depuis « mille ans qu’il y avoit qu’il étoit mort , avoit nourri plusieurs « milliers de personnes, Zoïle devoit bien avoir l’industrie de se « nourrir, non-seulement lui, mais plusieurs autres encore, lui « qui faisoit profession d’être beaucoup plus savant qu’Homère. » Sa ihort se raconte diversement. Les uns disent que Ptolémée le fit mettre en croix ; d’autres , qu’il fut lapidé ; et d’autres qu’il fut brûlé tout vif à Smyrne. Mais , de quelque façon que cela soit, il est certain qu’il a bien mérité cette punition , puisqu'on ne la peut pas mériter pour un crime plus odieux qi’est celui de reprendre un écrivain , qui n’est pas en état de rendre raison de ce qu’il a écrit. »
Je ne conçois pas comment M. Perrault le médecin, qui pensoit d’Homère et de Platon à peu près les mêmes choses que monsieur son frère et que Zoïle, a pu aller jusqu’au bout en traduisant ce passage. La vérité est qu’il l’a adouci autant qu'il lui a été possible , tâchant d’insinuer que ce n’étoit que les savans ,
. 1 . Vitruve, auteur latin du I" siècle avant J. C., a composé dix livres sur l’architecture.
3. Ptolémée Philadelphe, qui a régné jusqu’à l’an 346 avant J. C.
SUR LONGIN
c’est-à-dire, au langage de MM. Perrault, les pédans, qui admiroient les ouvrages d’Homère; car dans le texte latin il n’y a pas un seul mot qui revienne au mot de savant; et à l’endroit où M. le médecin traduit : « Celui que tous les savans reconnoissent pour leur maître , » il y a , « Celui que tous ceux qui aiment les belles-lettres reconnoissent pour leur chef.» En effet, bien qu’Homère ait su beaucoup de choses, il n’a jamais passé pour le maître des savans. Ptolémée ne dit point non plus à Zoïle dans le texte latin : « Qu’il devoit bien avoir l’industrie de se nourrir, lut qui faisoit profession d’être beaucoup plus savant qu’Homère : » il y a , « Lui qui se vantoit d’avoir plus d’esprit qu’Homère *. « D’ailleurs Vitruve ne dit pas simplement que Zoïle présenta ses livres contre Homère à Ptolémée, mais « qu’il les lui récita’: * ce qui est bien plus fort , et qui fait voir que ce prince les blâmoit avec connoissance de cause.
M. le médecin ne s’est pas contenté de ces adoucissemens : il a fait une note où il s’efforce d’insinuer qu’on a prêté ici beaucoup dç choses à Vitruve; et cela fondé sur ce que c’est un raisonnement indigne de Vitruve , de dire qu’on ne puisse reprendre un écrivain qui n’est pas en état de rendre raison de ce qu’il a écrit; et que par cette raison ce seroit un crime digne du feu que de reprendre quelque chose dans les écrits que Zoïle a faits contre Homère , si on les avoit à présent. Je réponds premièrement que dans le latin il n’y a pas simplement, reprendre un écrivain, mais citer4, appeler en jugement des écrivains , c’est-à-dire les attaquer dans les formes sur tous leurs ouvrages; que d’ailleurs, par ces écrivains, Vitruve n’entend pas des écrivains ordinaires , mais des écrivains qui ont été l’admiration de tous les siècles, tels que Platon et Homère , et dont nous devons présumer , quand nous trouvons quelque chose à redire dans leurs écrits , que s'ils étoient là présens pour se défendre, nous serions tout étonnés que c’est nous qui nous trompons ; qu’ainsi il n’y a point de parité avec Zoïle, homme décrié dans tous les siècles , et dont les ouvrages n’ont pas même eu la gloire que, grâce à mes remarques, vont avoir les écrits de M. Perrault , qui est qu’on leur ait répondu quelque chose.
Mais, pour achever le portrait de cet homme, il est bon de mettre aussi en cet endroit ce qu’en a écrit l’auteur que M. Perrault cite le plus volontiers , c’est à savoir Ëlien. C’est au livre XI de ses Histoires diverses : « Zoïle, celui qui a écrit contre Homère , contre Platon et contre plusieurs autres grands personnages, étoit d’Amphipolis», et fut disciple de ce Polycrate * qui a
< . « Philologiæ omnis ducem. » (B.)