‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 26 sur 492 · SUR LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

SUR LA NOBLESSE

Le noblesse, Dangeau, n’est pas une chimère, Quand , sous l’étroite loi d’une vertu sévère ,

Un homme issu d’un sang fécond en demi-dieux Suit, comme toi, la trace où marchoient ses aïeux.

Mais je ne puis souffrir qu’un fat, dont la mollesse N’a rien pour s’appuyer qu’une vaine noblesse,

Se pare insolemment du mérite d’autrui ,

Et me vante un honneur qui ne vient pas de lui.

Je veux que la valeur de ses aïeux antiques Ait fourni de matière aux plus vieilles chroniques.

Et que l’un des Capets, pour honorer leur nom.

Ait de trois fleurs de lis doté leur écusson :

Que sert ce vain amas d’une inutile gloire ,

Si, de tant de héros célèbres dans l’histoire,

Il ne peut rien offrir aux yeux de l’univers Que de vieux parchemins qu’ont épargnés les vers;

Si , tout sorti qu’il est d’une source divine ,

Son cœur dément en lui sa superbe origine .

Et , n’ayant rien de grand qu’une sotte fierté ,

S’endort dans une lâche et molle oisiveté?

Cependant, à le voir avec tant d’arrogance Vanter le faux éclat de sa haute naissance On diroit que le ciel est soumis à sa loi ,

Et que Dieu l’a pétri d’autre limon que moi.

Enivré de lui-même , il croit , dans sa folie ,

Qu’il faut que devant lui d’abord tout s’humilie. Aujourd’hui toutefois, sans trop le ménager,

Sur ce ton un peu haut je vais l’interroger ;

Dites-moi , grand héros , esprit rare et sublime . Entre tant d’animaux, qui sont ceux qu’on estime?

On fait cas d’un coursier qui , fier et plein de cœur , Fait paroître en courant sa bouillante vigueur;

Qui jamais ne se lasse , et qui dans la carrière S’sst couvert mille fois d’une noble poussière.

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