‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 263 sur 492 · Claude Boitcl (ou Boitet) de Frauville · texte numérisé non relu

Claude Boitcl (ou Boitet) de Frauville

3. Joachim du Bellay, né en 4 524 , mort en 4 560, a publié des poésies latines et françoises, et un traité en prose intitulé De/ente et illustration de la langue française.

SUR LONG»

du Bartas', Desportes, qui, dans le siècle précédent, ont été l’admiration de tout le monde, et qui aujourd’hui ne trouvent pas même de lecteurs.

La même chose étoit arrivée chez les Romains à Nævius1, à Livius et à Ennius*, qui, du temps d’Horace, comme nous l’apprenons de ce poète, trouvoient encore beaucoup de gens qui les admiraient -, mais qui à la fin furent entièrement décriés. Et il ne faut point s’imaginer que la chute de ces auteurs , tant les françois que les latins, soit venue de ce que les langues de leur pays ont changé. Elle n’est venue que de ce qu’ils n’avoient point attrapé dans ces langues le point de solidité et de perfection , qui est nécessaire pour faire durer et pour faire à jamais priser les ouvrages. En effet, la langue latine, par exemple, qu’ont écrite Cicéron et Virgile, étoit déjà fort changée du temps de Quintilien 4 , et encore plus du temps d’Aulugelle *. Cependant Cicéron et Virgile y étoient encore plus estimés que de leur temps même, parce qu'ils avoient comme fixé la langue par leurs écrits, ayant atteint le point de perfection que j’ai dit.

Ce n’est donc point la vieillesse des mots et des expressions dans Ronsard , qui a décrié Ronsard ; c’est qu’on s’est aperçu tout d’un coup que les beautés qu’on y croyoit voir n’étoient point des beautés; ce que Bertaut, Malherbe, de Lingendes* et Racan, qui vinrent après lui , contribuèrent beaucoup à faire connoltre , ayant attrapé dans le genre sérieux le vrai génie de la langue françoise , qui , bien loin d’être en son point de maturité du temps de Ronsard, comme Pasquier’se l’étoit persuadé faussement, n’étoit pas même encore sortie de sa première enfance. Au contraire, le vrai tour de l’épigramme , du rondeau et des épîtres naïves ayant été trouvé , même avant Ronsard , par Marot , par Saint-Gelais , et par d’autres , non-seulement leurs ouvrages en ce genre ne sont point tombés dans le mépris , mais ils sont encore aujourd’hui généralement estimés; jusque-là même que pour trouver l’air naïf en françois , on a encore quelquefois recours à leur style ; et c’est ce qui a si bien réussi au célèbre M. de La Fontaine. Concluons donc qu’il n’y a qu'une longue suite d’années qui puisse établir la valeur et le vrai mérite d’un ouvrage.

1. Guillaume de Salluste du Barlas, né en 1544, mort en 1590 des blessures qu’il avoit reçues â la bataille d’ivry , auteur d'un poème intitulé la Semaine ou Us sept jours de la création.

2. Coeius Nævius, Livius Andronicus, poètes latins du m* siècle avant l’ère vulgaire, dont il ne reste que des tragmens.

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