Rhéteur latin du i" siècle de l’ère vulgaire
5. Aulugelle (u* siècle de notre ère), auteur des Nuits atûques.
6. Jean de Lingendes, né à Moulins, a vécu sous Henri IV et sous
Louis XIII. , ,
7 . Étienne Pasquier, mort en 1 # 1 5, auteur des Recherches sur la F ranee
Mais lorsque des écrivains ont été admirés durant un fort grand nombre de siècles , et n’ont été méprisés que par quelques gens de goût bizarre, car il se trouve toujours des goûts dépravés, alors non-seulement il y a de la témérité, mais il y a de la folie à vouloir douter du mérite de ces écrivains. Que si vous ne voyez point les beautés de leurs écrits, il ne faut pas conclure qu’elles n’y sont point, mais que vous êtes aveugle, et que vous n’avez point de goût. Le gros des hommes à la longue ne se trompe point sur les ouvrages d’esprit. Il n’est plus question, à l’heure qu’il est, de savoir si Homère, Platon, Cicéron , Virgile, sont des hommes merveilleux ; c’est une chose sans contestation , puisque vingt siècles en sont convenus; il s’agit de savoir en quoi consiste ce merveilleux qui les a fait admirer de tant de siècles , et il faut trouver moyen de le voir, ou renoncer aux belles -lettres, auxquelles vous devez croire que vous n’avez ni goût ni génie, puisque vous ne sentez point ce qu’ont senti tous les hommes.
Quand je dis cela néanmoins , je suppose que vous sachiez la langue de ces auteurs; car, si vous ne la savez point, et si vous ne vous l’êtes point familiarisée , je ne vous blâmerai pas de n’en point voir les beautés, je vous blâmerai seulement d’en parler. Et c’est en quoi on ne sauroit trop condamner M. Perrault, qui, ne sachant point la langue d’Homère, vient hardiment lui faire son procès sur les bassesses de ses traducteurs , et dire au genre humain, qui a tant admiré les ouvrages de ce grand poète durant tant de siècles : a Vous avez admiré des sottises. » C’est à peu près la même chose qu’un aveugle-né qui s’en iroit crier par toutes les rues :« Messieurs, je sais que le soleil que vous voyez vous parott fort beau; mais moi , qui ne l’ai jamais vu, je vous déclare qu’il est fort laid. »
Mais, pour revenir à ce que je disois, puisque c’est la postérité seule qui met le véritable prix aux ouvrages, il ne faut pas, quelque admirable que vous paroisse un écrivain moderne, le mettre aisément en parallèle avec ces écrivains admirés durant un si grand nombre de siècles, puisqu’il n’est pas même sûr que ses ouvrages passent avec gloire au siècle suivant. En effet, sans aller chercher des exemples éloignés , combien n’avons-nous point vu d’auteurs admirés dans notre siècle, dont la gloire est déchue en très-peu d’années ! Dans quelle estime n’ont point été , il y a trente ans , les ouvrages de Balzac ! on ne parloit pas de lui simplement comme du plus éloquent homme de son siècle, mais comme du seul éloquent. Il a effectivement des qualités merveilleuses. On peut dire que jamais personne n’a mieux su sa langue que lui , et n’a mieux entendu la propriété des mots et la juste mesure des périodes; c’est une louange que tout le monde lui donne encore. Mais on s’est aperçu tout d’un coup que l’art où il s’est employé toute sa vie étoit l’art qu’il savoit le moins , je veux dire l'art de faire une lettre; car, bien que les siennes soient
toutes pleines d’esprit et de choses admirablement dites , on y remarque partout les deux vices les plus opposés au genre épistolaire, c'est à savoir l’affectation et l’enflure; et on ne peut plus lui pardonner ce soin vicieux qu’il a de dire les choses autrement que ne le disent les autres hommes. De sorte que tous les jours on rétorque contre lui ce même vers que Maynard a fait autrefois à sa louange :
11 n’est point de mortel qui parle comme lui.
Il y a pourtant encore des gens qui le lisent; mais il n’y a plus personne qui ose imiter son style, ceux qui l’ont fait s’étant rendus la risée de tout le monde.
Mais , pour chercher un exemple encore plus illustre que celui de Balzac, Corneille est celui de tous nos poètes qui a fait le plus d’éclat en notre temps ; et on ne croyoit pas qu’il pût jamais y avoir en France un poète digne de lui être égalé. Il n’y en a point en effet qui ait eu plus d’élévation de génie, ni qui ait plus composé. Tout son mérite pourtant, à l’heure qu’il est, ayant été mis par le temps comme dans un creuset , se réduit à huit ou neuf pièces de théâtre qu’on admire, et qui sont, s'il faut ainsi parler, comme le midi de sa poésie, dont l’orient et l’occident n’ont rien valu. Encore , dans ce petit nombre de bonnes pièces , outre les fautes de langue qui y sont assez fréquentes , on commence à s’apercevoir de beaucoup d’endroits de déclamation qu’on n’y voyoit point autrefois. Ainsi , non-seulement on ne trouve point mauvais qu’on lui compare aujourd’hui M. Racine , mais il se trouve même quantité de personnes qui le lui préfèrent. La postérité jugera qui vaut le mieux des deux; car je suis persuadé queJes écrits de l’un et de l’autre passeront aux siècles suivans : mais jusque-là ni l’un ni l’autre ne doit être mis en parallèle avec Euripide et avec Sophocle, puisque leurs ouvrages n’ont point encore le sceau qu’ont les ouvrages d’Euripide et de Sophocle, je veux dire l’approbation de plusieurs siècles.
Au reste , il ne faut pas s’imaginer que , dans ce nombre d’écrivains approuvés de tous les siècles , je veuille ici comprendre ces auteurs, à la vérité anciens, mais qui ne se sont acquis qu’une médiocre estime, comme Lycophron, Nonnus', Silius Italicus’, l’auteur des tragédies attribuées à Sénèque’, et plusieurs autres à qui on peut, non-seulement comparer, mais à qui on peut, à mon avis, justement préférer beaucoup d’écrivains modernes. Je n’admets dans ce haut rang que ce petit nombre d’écrivains mer-
I. Nonnus, de Panople, en Égypte (v* siècle de notre ère), auteur
des Djronisiaqucs.
2 Né l’an 25 de l’ère vulgaire, mort l’an tOO, auteur d’un poCme en dix-sept livres sur les guerres puniques.