‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 278 sur 492 · Refluitque exterrilus amnis · texte numérisé non relu

Refluitque exterrilus amnis

(Énèidc, livre VIII, vers 240.) (B.)

de ma façon, qui au moins en donne une imparfaite idée. Voici donc comme je crois qu'on le peut définir. « Le sublime est une certaine force de discours propre à élever et à ravir l'âme , et qui provient ou de la grandeur de la pensée et de la noblesse du sentiment, ou de la magnificence des paroles, ou du tour harmonieux, vif et animé de l’expression; c’est-à-dire d’une de ces choses regardées séparément, ou, ce qui fait le parfait sublime, de ces trois choses jointes ensemble, »

Il semble que, dans les règles, je devrois donner des exemples de chacune de ces trois choses; mais il y en a un si grand nombre de rapportés dans le traité de Longin et dans ma dixième Réflexion , que je crois que je ferai mieux d’y renvoyer le lecteur , afin qu’il choisisse lui-même ceux qui lui plairont davantage. Je ne crois pas cependant que je puisse me dispenser d’en proposer quelqu’un où toutes ces trois choses se trouvent parfaitement ramassées; car il n’y en a pas un fort grand nombre. M. Racine pourtant m’en offre un admirable dans la première scène de son Aihalie, où Abner, l’un des principaux officiers de la cour de Juda, représente à Joad le grand prêtre la fureur où est Athalie contre lui et contre tous les lévites , ajoutant qu’il ne croit pas que cette orgueilleuse princesse diffère encore longtemps- à venir attaquer Dieu jusqu’en son sanctuaire. A quoi ce grand prêtre , sans s’émouvoir, répond :

Celui qui met un frein à la fureur des flots

Sait aussi des méchans arrêter les complots.

Soumis avec respect à sa volonté sainte ,

Je crains Dieu, cher Abner, et n’ai point d’autre crainte.

En effet tout ce qu’il peut y avoir de sublime paroît rassemblé dans ces quatre vers : la grandeur de la pensée, la noblesse du sentiment, la magnificence des paroles, et l’harmonie de l'expression , si heureusement terminée par ce dernier vers :

Je crains Dieu, cher Abner, etc.

D’où je conclus que c’est avec très-peu de fondement que les admirateurs outrés de M. Corneille veulent insinuer que M. Racine lui est beaucoup inférieur pour le sublime; puisque, sans apporter ici quantité d’autres preuves que je pourrois donner du contraire, il ne me paroît pas que toute cette grandeur de vertu romaine tant vantée , que ce premier a si bien exprimée dans plusieurs de ses pièces, et qui a fait son excessive réputation, soit au-dessus de l’intrépidité plus qu’héroïque et de la parfaite confiance en Dieu de ce véritablement pieux , grand , sage et courageux israélite.

Fin DU AKFUUUOUS CRITIQUï».

ou

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