‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 279 sur 492 · PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TRADUCTEUR

Ce petit Traité, dont je donne la traduction au public, est une pièce échappée du naufrage de plusieurs autres livres que Longin 1 2 avoit composés. Encore n’est elle pas venue à nous toute entière : car, bien que le volume ne soit pas fort gros, il y a plusieurs endroits défectueux’; et nous avons perdu le Traité des Passions , dont l’auteur avoit fait un livre à part, qui étoit comme une suite naturelle de celui-ci. Néanmoins, tout défiguré qu’il est, il nous en reste encore assez pour nous faire concevoir une fort grande idée de son auteur , et pour nous donner un véritable regret de la perte de ses autres ouvrages. Le nombre n’en étoit pas médiocre. Suidas3 en compte jusqu’à neuf, dont il ne nous reste plus que des titres assez confus. C’étoient tous ouvrages de critique. Et certainement on ne sauroit assez plaindre la perte de ces excellens originaux, qui, à en juger par celui-ci, dévoient être autant de chefs-d’œuvre de bon sens , d’érudition et d’éloquence. Je dis d’éloquence, parce que Longin ne s’est pas contenté, comme Aristote et Hermogène, de nous donner des préceptes tout secs et dépouillés d’ornemens. Il n’a pas voulu tomber dans le défaut qu’il reproche à Cécilius, qui avoit. dit-il, écrit du sublime en style bas. En traitant des beautés de l’élocution, il a employé toutes les finesses de l’élocution. Souvent il fait la figure qu’il enseigne; et, en parlant du sublime, il est lui-même très-sublime. Cependant il fait cela si à propos et avec tant d’art, qu’on ne sauroit l’accuser en pas un endroit de sortir

1. Castius Longinus, né ver* le commencement du m* siècle de l’ère vulgaire, ministre de Zénobie, reine de Palmyre, et sacrifié par elle au ressentiment de l’empereur Aurélien, mourut dans les suppli* ces en 273.

2. Quelques savans ont contesté que le Traité du Sublime, traduit par Boileau , fût de Longin.

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