‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 286 sur 492 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

que Cécilius en a oublié quelques-unes , et entre autres le pathétique : et certainement s'il l’a fait pour avoir cru que le sublime et le pathétique naturellement n’alloient jamais l’un sans l’autre , et ne faisoient qu’un , il se trompe , puisqu’il y a des passions qui n’ont rien de grand, et qui ont même quelque chose de bas, comme l’affliction , la peur , la tristesse ; et qu’au contraire il se rencontre quantité de choses grandes et sublimes où il n’entre point de passion. Tel est entre autres ce que dit Homère avec tant de hardiesse en parlant des Aloides (*) 1 :

Pour détrôner les dieux , leur vaste ambition Entreprit d’entasser Osse sur Pélion.

Ce qui suit est encore bien plus fort :

Ils l’eussent fait sans doute , etc.

Et dans la prose , les panégyriques et tous ces discours qui ne se font que pour l’ostentation ont partout du grand et du sublime, bien qu’il n’y entre point de passion pour l’ordinaire. De sorte que, même entre les orateurs, ceux-là communément sont les moins propres pour le panégyrique, qui sont les plus pathétiques ; et , au contraire , ceux qui réussissent le mieux dans le panégyrique s’entendent assez mal à toucher les passions.

Que si Cécilius s’est imaginé que le pathétique en général ne contribuoit point au grand, et qu’il étoit par conséquent inutile d’en parler , il ne s’abuse pas moins ; car j’ose dire qu’il n’y a peut-être rien qui relève davantage un discours qu’un beau mouvement et une passion poussée à propos. En effet , c’est comme une espèce d’enthousiasme et de fureur noble qui anime l’oraison, et qui lui donne un feu et une vigueur toute divine.

Chap. VII. — De la sublimité dans les pensées.

Bien que des cinq parties dont j’ai parlé . la première et la plus considérable, je veux dire cette élévation d’esprit naturelle, soit plutôt un présent du ciel qu’une qualité qui se puisse acquérir , nous devons, autant qu’il nous est possible , nourrir notre esprit au grand , et le tenir toujours plein et enflé , pour ainsi dire ,

d’une certaine fierté noble et généreuse.

Que si on demande comme il faut s’y prendre , j ai déjà écnt ailleurs que cette élévation d’esprit étoit une image de la gran deur d’âme, et c’est pourquoi nous admirons quelquefois la seule pensée d’un homme encore qu’il ne parle point, à cause de cette grandeur de courage que nous voyons : par exemple , le silence

t C’étoit des gésins qui croissoient tous les ans d’une coudée en largeur et d’une aune en longueur. Ils n’avoient pas encore quinze ans lorsqu’ils se mirent en état d’escalader fe ciel. Ils se tuèrent 1 un 1 autre par l’adresse de Diane. Odyssée , livre XI, vers 310. (B.j

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