‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 288 sur 492 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Et ailleurs1 :

L’enfer s'émeut au bruit de Neptune en furie.

Pluton sort de son trône, il pâlit, il s’écrie :

Il a peur que ce dieu, dans cet affreux séjour,

D’un coup de son trident ne fasse entrer le jour,

Et , par le centre ouvert de la terre ébranlée ,

Ne fasse voir du Styx la rive désolée,

Ne découvre aux Yivans cet empire odieux ,

Abhorré des mortels, et craint même des dieux.

Voyez-vous, mon cher Térentianus, la terre ouverte jusqu’en son centre, l’enfer prêt à paroltre, et toute la machine du monde sur le point d’être détruite et renversée, pour montrer que dans ce combat le ciel, les enfers, les choses mortelles et immortelles, tout enfin combattoit avec les dieux, et qu’il n’y avoit rien dans la nature qui ne fût en danger? Mais il faut prendre toutes ces pensées dans un sens allégorique; autrement elles ont je ne sais quoi d’affreux, d’impie, et de peu convenable à la majesté des dieux. Et pour moi , lorsque je vois dans Homère les plaies, les ligues, les supplices, les larmes, les emprisonnemens des dieux, et tous ces autres accidens où ils tombent sans cesse, il me semble qu’il s’est efforcé, autant qu’il a pu, de faire des dieux de ces hommes qui furent au siège de Troie; et qu’au contraire , des dieux mêmes il en a fait des hommes. Encore les fait-il de pire condition ; car à l’égard de nous , quand nous sommes malheureux, au moins avons-nous la mort, qui est comme un port assuré pour sortir de nos misères; au lieu qu’en représentant les dieux de cette sorte, il ne les rend pas proprement immortels , mais éternellement misérables.

Il a donc bien mieux réussi lorsqu’il nous a peint un dieu tel qu’il est dans toute sa majesté et sa grandeur, et sans mélange des choses terrestres , comme dans cet endroit qui a été remarqué par plusieurs avant moi , où il dit en parlant de Neptune 1 :

Neptune ainsi marchant dans ces vastes campagnes,

Fait trembler sous ses pieds et forêts et montagnes.

Et dans un autre endroit* :

Il attelle son char , et , montant fièrement ,

Lui fait fendre les flots de l’humide élément.

Dès qu’on le voit marcher sur ces liquides plaines,

D’aise on entend sauter les pesantes baleines.

L’eau frémit sous le dieu qui lui donne la loi (ï),

Et semble avec plaisir reconnoitre son roi.

Cependant le char vole, etc.

, I. Iliade, liv. XX, vers 6(. (B.) — 2. Iliade, liv. XIII, vers 18. (B.)

Page 1