CHAPITRE VIII
des Arimaspiens' pensa dire des choses fort étonnantes, quand il s’écrie :
O prodige étonnant! ô fureur incroyable!
Des hommes insensés, sur de frêles vaisseaux,
S’en vont loin de la terre habiter sur les eaux,
Et, suivant sur la mer une route incertaine,
Courent chercher bien loin le travail et la peine.
Ils ne goâtent jamais de paisible repos.
Ils ont les yeux au ciel et l'esprit sur les flots;
Et, les bras étendus, les entrailles émues,
Ils font souvent aux dieux des prières perdues.
Cependant il n’y a personne , comme je pense , qui ne voie bien que ce discours est en effet plus fardé et plus fleuri que grand et sublime. Voyons donc comment fait Homère , et considérons cet endroit’ entre plusieurs autres :
Comme l’on voit les flots , soulevés par l’orage ,
Fondre sur un vaisseau qui s’oppose à leur rage;
Le vent avec fureur dans les voiles frémit ;
La mer blanchit d’écume , et l’air au loin gémit :
Le matelot troublé, que son art abandonne,
Croit voir dans chaque flot la mort qui l'environne.
Aratus5 a tâché d’enchérir sur ce dernier vers , en disant :
Un bois mince et léger les défend de la mort.
Mais en fardant ainsi cette pensée , il l’a rendue basse et fleurie , de terrible qu’elle étoit. Et puis , renfermant tout le péril dans ces mots :
Un bois mince et léger les défend de la mort,
il l’éloigne et le diminue plutôt qu’il ne l’augmente. Mais Homère ne met pas pour une seule fois devant les yeux le danger où se trouvent les matelots ; il les représente , comme en un tableau . sur le point d'être submergés à tous les flots qui s’élèvent , et imprime jusque dans ses mots et ses syllabes l’image du péril ( gy ). Archiloque* ne s’est point servi d’autre artifice dans la description de son naufrage , non plus que Démosthène dans cet endroit où il décrit le trouble des Athéniens à la nouvelle de la prise d’Ëla-
mosfts , vivoit, selon les uns, avant Homère, selon les autres, au vi* siècle avant J. C.
K. C’étoient des peuples de Scythie. (B.)