CHAPITRE X
tirer de toutes les circonstances particulières des choses , et de tous les lieux de l’oraison, qui remplit le discours et le fortifie, en appuyant sur ce qu’on a déjà dit. » Ainsi elle diffère de la preuve , en ce qu’on emploie celle-ci pour prouver la question , au lieu que l’amplification ne sert qu’à étendre (fi) et à exagérer1 2....
La même différence, à mon avis, est entre Démosthène et Cicéron pour le grand et le sublime , autant que nous autres Grecs pouvons juger des ouvrages d’un auteur latin. En effet, Démosthène est grand en ce qu’il est serré et concis, et Cicéron, au contraire , en ce qu’il est diffus et étendu. On peut comparer ce premier, à cause de la violence, de la rapidité, de la force et de la véhémence avec laquelle il ravage , pour ainsi dire, et emporte tout, à une tempête et à un foudre. Pour Cicéron, on peut dire, à mon avis, que, comme un grand embrasement, il dévore et consume tout ce qu’il rencontre, avec un feu qui ne s’éteint point, qu’il répand diversement dans ses ouvrages, et qui, à mesure qu’il s’avance , prend toujours de nouvelles forces. Mais vous pouvez mieux juger de cela que moi. Au reste, le sublime de Démosthène vaut sans doute bien mieux dans les exagérations fortes et dans les violentes passions, quand il faut, pour ainsi dire, étonner l’auditeur. Au contraire , l’abondance est meilleure lorsqu’on veut , si j'ose me servir de ces termes , répandre une rosée agréable ( jj ) dans les esprits ; et certainement un discours diffus est bien plus propre pour les lieux communs , les péroraisons , les digressions, et généralement pour tous ces discours qui se font dans le genre démonstratif. Il en est de même pour les histoires , les traités de physique , et plusieurs autres semblables matières.
Chap. XI. — De l'imitation.
Pour retourner à notre discours , Platon , dont le style ne laisse pas d’être fort élevé, bien qu’il coule sans être rapide et sans faire de bruit , nous a donné une idée de ce style , que vous ne pouvez ignorer, si vous avez lu les livres de sa République ». «Ces hommes malheureux , dit-il quelque part , qui ne savent ce que c’est que de sagesse ni de vertu, et qui sont continuellement plongés dans les festins et dans la débauche, vont toujours de pis en pis , et errent enfin toute leur vie. La vérité n’a point pour eux d’attraits ni de charmes; ils n’ont jamais levé les yeux pour la regarder; en un mot, ils n’ont jamais goûté de pur ni de solide plaisir. Ils sont comme des bêtes qui regardent toujours en bas, et qui sont courbées vers la terre. Ils ne songent qu’à manger et à repaître , qu’à satisfaire leurs passions brutales ; et , dans l’ardeur de les rassasier, ils regimbent, ils égratignent, ils se bat-