I . Paroles d’Euripide dans son Orale, vers 255. (B
Ils viennent : je les vois ; mon supplice s’apprête.
Quels horribles serpens leur sifflent sur la tête ! »
Et ailleurs ' :
« Où fuirai-je? Elle vient. Je la vois. Je suis mort.»
Le poète en cet endroit ne voyoit pas les Furies , cependant il en fait une image si naïve , qu’il les fait presque voir aux auditeurs. Et véritablement je ne saurois pas bien dire si Euripide est aussi heureux à exprimer les autres passions; mais pour ce qui regarde l’amour et la fureur , c’est à quoi il s’est étudié particulièrement, et il y a fort bien réussi. Et même, en d’autres rencontres , il ne manque pas quelquefois de hardiesse à peindre les choses; car, bien que son esprit de lui -même ne soit pas porté au grand, il corrige son naturel, et le force d’être tragique et relevé, principalement dans les grands sujets; de sorte qu’on lui peut appliquer ces vers du poète * :
A l’aspect du péril, au combat il s’anime;
Et , le poil hérissé , les yeux étincelans (mm) ,
De sa queue il se bat les côtés et les flancs;
comme on le peut remarquer dans cet endroit où le Soleil parle ainsi à Phaèton , en lui mettant entre les mains les rênes de ses chevaux :
« Prends garde qu’une ardeur trop funeste à ta vie Ne t’emporte au-dessus de l’aride Libye ;
Là jamais d’aucune eau le sillon arrosé Ne rafraîchit mon char dans sa course embrasé; »
et dans ces vers suivans :
« Aussitôt devant toi s’offriront sept étoiles :
Dresse par là ta course et suis le droit chemin. »
Phaéton à ces mots prend les rênes en main :
De ses chevaux ailés il bat les flancs agiles.
Les coursiers du Soleil à sa voix sont dociles.
Ils vont ; le char s’éloigne , et , plus prompt qu’un éclair , Pénètre en un moment les vastes champs de l’air.
Le père cependant , plein d’un trouble funeste ,
Le voit rouler de loin sur la plaine céleste;
Lui montre encor sa route, et du plus haut des cieux(rm) Le suit, autant qu’il peut, de la voix et des yeux.
« Va par là, lui dit-il, reviens, détourne, arrête3. »