‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 296 sur 492 · I . Paroles d’Euripide dans son Orale, vers 255. (B · texte numérisé non relu

I . Paroles d’Euripide dans son Orale, vers 255. (B

Ils viennent : je les vois ; mon supplice s’apprête.

Quels horribles serpens leur sifflent sur la tête ! »

Et ailleurs ' :

« Où fuirai-je? Elle vient. Je la vois. Je suis mort.»

Le poète en cet endroit ne voyoit pas les Furies , cependant il en fait une image si naïve , qu’il les fait presque voir aux auditeurs. Et véritablement je ne saurois pas bien dire si Euripide est aussi heureux à exprimer les autres passions; mais pour ce qui regarde l’amour et la fureur , c’est à quoi il s’est étudié particulièrement, et il y a fort bien réussi. Et même, en d’autres rencontres , il ne manque pas quelquefois de hardiesse à peindre les choses; car, bien que son esprit de lui -même ne soit pas porté au grand, il corrige son naturel, et le force d’être tragique et relevé, principalement dans les grands sujets; de sorte qu’on lui peut appliquer ces vers du poète * :

A l’aspect du péril, au combat il s’anime;

Et , le poil hérissé , les yeux étincelans (mm) ,

De sa queue il se bat les côtés et les flancs;

comme on le peut remarquer dans cet endroit où le Soleil parle ainsi à Phaèton , en lui mettant entre les mains les rênes de ses chevaux :

« Prends garde qu’une ardeur trop funeste à ta vie Ne t’emporte au-dessus de l’aride Libye ;

Là jamais d’aucune eau le sillon arrosé Ne rafraîchit mon char dans sa course embrasé; »

et dans ces vers suivans :

« Aussitôt devant toi s’offriront sept étoiles :

Dresse par là ta course et suis le droit chemin. »

Phaéton à ces mots prend les rênes en main :

De ses chevaux ailés il bat les flancs agiles.

Les coursiers du Soleil à sa voix sont dociles.

Ils vont ; le char s’éloigne , et , plus prompt qu’un éclair , Pénètre en un moment les vastes champs de l’air.

Le père cependant , plein d’un trouble funeste ,

Le voit rouler de loin sur la plaine céleste;

Lui montre encor sa route, et du plus haut des cieux(rm) Le suit, autant qu’il peut, de la voix et des yeux.

« Va par là, lui dit-il, reviens, détourne, arrête3. »

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