‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 303 sur 492 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

entrant par ce moyen dans une espèce de société , se communiquent les unes aux autres de la force , des grâces et de l’ornement. comme on le peut voir dans ce passage de l’oraison de Démosthène contre Midias , où en même temps il ôte les liaisons de son discours, et mêle ensemble les figures de répétition et de description. « Car tout homme . dit cet orateur 1 , qui en outrage un autre , fait beaucoup de choses du geste , des yeux , de la voix , que celui qui a été outragé ne sauroit peindre dans un récit. » Et de peur que dans la suite son discours ne vint à se relâcher, sachant bien que l’ordre appartient à un esprit rassis , et qu'au contraire le désordre est la marque de la passion , qui n’est en effet elle-même qu’un trouble et une émotion de l’âme , il poursuit dans la même diversité de figures. « Tantôt il le frappe comme ennemi, tantôt pour lui faire insulte, tantôt avec les poings, tantôt au visage’. * Par cette violence de paroles ainsi entassées les unes sur les autres , l’orateur ne touche et ne remue pas moins puissamment ses juges que s’ils le voyoient frapper en leur présence. Il revient à la charge et poursuit comme une tempête : « Ces afTronts émeuvent, ces affronts transportent un homme de cœur et qui n’est point accoutumé aux injures. On ne sauroit exprimer par des paroles l’énormité d’une telle action *. » Par ce changement continuel il conserve partout le caractère de ces figures turbulentes; tellement que dans son ordre il y a un désordre , et au contraire dans son désordre il y a un ordre merveilleux. Pour preuve de ce que je dis, mettez par plaisir les conjonctions à ce passage , comme font les disciples d’Isocrate : « Et certainement il ne faut pas oublier que celui qui en outrage un autre fait beaucoup de choses, premièrement par le geste, ensuite par les yeux, et enfin par la voix même, etc. » Car, en égalant et aplanissant ainsi toutes choses par le moyen des liaisons , vous verrez que d’un pathétique fort et violent vous tomberez dans une petite afféterie de langage qui n’aura ni pointe ni aiguillon ; et que toute la force de votre discours s’éteindra aussitôt d’elle-même. Et comme il est certain que si on lioit le corps d’un homme qui court , on lui feroit perdre toute sa force ; de même si vous allez embarrasser une passion de ces liaisons et de ces particules inutiles, elle les souffre avec peine; vous lui ôtez la liberté de sa course , et cette impétuosité qui la faisoit marcher avec la même violence qu’un trait lancé par une machine.

Chap. XVIII. — Des hyperbales.

Il faut donner rang aux hyperbates. L’hyperbate n est autre chose que la transposition des pensées ou des paroles dans Tordre et la suite d’un discours; et cette figure porte avec soi le caractère

I . Contre Midias , page 395, édition de Bâle. (B.) — 3. Ibid. (B.^ .

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