‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 306 sur 492 · Œdipe tyran, vers 4447. (B · texte numérisé non relu

Œdipe tyran, vers 4447. (B

en différens pluriels , il multiplie en quelque façon les infortunes d’Œdipe. C’est par un même pléonasme qu’un poète a dit :

On vit les Sarpédon et les Hector paroître.

Il en faut dire autant de ce passage de Platon , à propos des Athéniens , que j’ai rapporté ailleurs : « Ce ne sont point des Pélops , des Cadmus , des Ëgyptus , des DanaQs , ni des hommes nés barbares qui demeurent avec nous. Nous sommes tous Grecs, éloignés du commerce et de la fréquentation des nations étrangères , qui habitons une même ville ' , etc. »

En effet tous ces pluriels , ainsi ramassés ensemble , nous font concevoir une bien plus grande idée des choses; mais il faut prendre garde à ne faire cela que bien à propos et dans les endroits où il faut amplifier ou multiplier, ou exagérer, et dans la passion , c’est-à-dire quand le sujet est susceptible d’une de ces choses ou de plusieurs; car d’attacher partout ces cymbales et ces sonnettes , cela sentiroit trop son sophiste.

Chaf. XX. — Des pluriels réduits en singuliers.

On peut aussi , tout au contraire , réduire les pluriels en singuliers : et cela a quelque chose de fort grand. « Tout le Péloponèse , dit Démosthène 3 , étoit alors divisé en factions. » Il en est de même de ce passage d’Hérodote1 : « Phrynicus faisant représenter sa tragédie intitulée : la Prise de Milet , tout le théâtre fondit en larmes (tt). * Car de ramasser ainsi plusieurs choses en une, cela donne plus de corps au discours. Au reste, je tiens que pour l’ordinaire c’est une même raison qui fait valoir ces deux différentes figures. En effet , soit qu’en changeant les singuliers en pluriels , d’une seule chose vous en fassiez plusieurs , soit qu’en ramassant des pluriels dans un seul nom singulier qui sonne agréablement à l’oreille , de plusieurs choses vous n’en fassiez qu’une , ce changement imprévu marque la passion.

Chap. XXI. — Du changement de temps.

Il en est de même du changement de temps , lorsqu’on parle d’une chose passée comme si elle se faisoit présentement , parce qu’alors ce n’est plus une narration que vous faites, c’est une action qui se passe à l’heure même. « Un soldat , dit Xénophon 4 , étant tombé sous le cheval de Cyrus , et étant foulé aux pieds de ce cheval, il lui donne un coup d’épée dans le ventre. Le cheval ,

4 . Platon, Mencxenus, tome H, page 245 , édition de H. Estienne. (B.)

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