Liv. VH, page 458, édilion de Francfort. (B
a, Voy. Strabon, liv. 1, page 36 , édition de Paris. (B.l
TRAITÉ DU SUBLIME
à ces deux différens effets ; et le diasyrme 1 , qui est une espèce d’hyperbole, n’est, à le bien prendre, que l’exagération d’une chose basse et ridicule.
Chap. XXXII. — De l’arrangement des paroles.
Des cinq parties qui produisent le grand, comme nous avons supposé d’abord , il reste encore la cinquième à examiner , c’est à savoir la composition et l’arrangement des paroles ; mais comme nous avons déjà donné deux volumes de cette matière, où nous avons suffisamment expliqué tout ce qu’une longue spéculation nous en a pu apprendre , nous nous contenterons de dire ici ce que nous jugeons absolument nécessaire à notre sujet, comme, par exemple , que l’harmonie n’est pas simplement un agrément que la nature a mis dans la voix de l’homme (af) , pour persuader et pour inspirer le plaisir, mais que, dans les instrumens même inanimés , c’est un moyen merveilleux pour élever le courage et pour émouvoir les passions ( ag ).
Et de vrai , ne voyons-nous pas que le son des flûtes émeut l’âme de ceux qui l’écoutent, et les remplit de fureur, comme s’ils étoient hors d’eux-mêmes; que, leur imprimant dans l’oreille le mouvement de sa cadence, il les contraint de la suivre, et d’y conformer en quelque sorte le mouvement de leur corps? Et non seulement le son des flûtes , mais presque tout ce qu’il y a de différens sons au monde, comme, par exemple, ceux de la lyre, font cet effet. Car, bien qu’ils ne signifient rien d’eux-mêmes, néanmoins par ces changemens de tons qui s’entrechoquent les uns les autres, et par le mélange de leurs accords, souvent, comme nous voyons , ils causent à l’âme un transport et un ravissement admirable. Cependant ce ne sont que des images et de simples imitations de la voix, qui ne disent et ne persuadent rien, n’étant , s’il faut parler ainsi , que des sons bâtards , et non point comme j’ai dit, des effets de la nature de l’homme. Que ne dironsnous donc point de la composition , qui est en effet comme l’harmonie du discours, dont l’usage est naturel à l’homme; qui ne frappe pas simplement l’oreille, mais l’esprit; qui remue tout à la fois tant de différentes sortes de noms, de pensées, de choses, tant de beautés et d’élégances avec lesquelles notre âme a une espèce de liaison et d’affinité ; qui , par le mélange et la diversité des sons, insinue dans les esprits, inspire à ceux qui écoutent, les passions mêmes de l’orateur, et qui bâtit sur ce sublime amas de paroles ce grand et ce merveilleux que nous cherchons? Pouvons-nous , dis-je , nier qu’elle ne contribue beaucoup à la grandeur, à la majesté, à la magnificence du discours,, et à toutes ces autres beautés qu’elle renferme en soi ; et qu’ayant un empire
< . Atavup/AoY (B.)