I. Livre perdu. (B
î. Voy. Athénée , liv. 11, page 67 , édition de Lyon. (B.)
TRAITÉ DU SUBLIME
santé. Il faut que les paroles répondent à la majesté des choses dont on traite; et il est bon en cela d’imiter la nature, qui, en formant l’homme , n’a point exposé à la vue ces parties qu’il n’est pas honnête de nommer, et par où le corps se purge; mais, pour me servir des termes de Xénophon ' , a a caché et détourné ces égouts le plus loin qu’il lui a été possible, de peur que la beauté de l’animal n’en fût souillée. » Mais il n’est pas besoin d’examiner de si près toutes les choses qui rabaissent le discours. En effet , puisque nous avons montré ce qui sert à l’élever et à l’ennoblir , il est aisé de juger qu’ordinairement le contraire est ce qui l’avilit et le fait ramper.
Chap. XXXV. — Des causes de la décadence des esprits.
Il ne reste plus, mon cher Térentianus, qu’une chose à examiner : c’est la question que me fit il y a quelques jours un philosophe; car il est bon de l’éclaircir, et je veux bien, pour votre satisfaction particulière, l’ajouter encore à ce traité.
Je ne saurois assez m’étonner, me disoit ce philosophe, non plus que beaucoup d’autres, d’où vient que dans notre siècle il se trouve assez d’orateurs qui savent manier un raisonnement, et qui ont même le style oratoire; qu’il s’en voit, dis-je, plusieurs qui ont de la vivacité, de la netteté, et surtout de l’agrément dans leurs discours; mais qu’il s’en rencontre si peu qui puissent s’élever fort haut dans le sublime, tant la stérilité maintenant est grande parmi les esprits! N’est-ce point, poursuivoit-il , ce qu’on dit ordinairement , que c’est le gouvernement populaire qui nourrit et forme les grands génies, puisque enfin jusqu’ici tout ce qu’il y a presque eu d’orateurs habiles ont fleuri et sont morts avec lui? en effet, ajoutoit-il, il n’y a peut-être rien qui élève davantage l’ârae des grands hommes que la liberté, ni qui excite et réveille plus puissamment en nous ce sentiment naturel qui nous porte à l’émulation , et cette noble ardeur de se voir élevé audessus des autres. Ajoutez que les prix qui se proposent dans les républiques aiguisent, pour ainsi dire, et achèvent de polir l’esprit des orateurs , leur faisant cultiver avec soin les talens qu’ils ont reçus de la nature , tellement qu’on voit briller dans leurs discours la liberté de leur pays.
Mais nous, continuoit-il, qui avons appris dès nos premières années à souffrir le joug d-’une domination légitime, qui avons été comme enveloppés par les coutumes et les façons de faire de la monarchie , lorsque nous avions encore l'imagination tendre et capable de toutes sortes d’impressions: en un root, qui n’avons jamais goûté de cette vive et féconde source de l’éloquence, je veux dire de la liberté; ce qui arrive ordinairement de nous, c’est
♦ . Llv. I, des Mémorable s, page 7S6 , édition de Leunclav. (B.)