‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 325 sur 492 · Odyssée, liv. XVII, vers 3Î2. (B · texte numérisé non relu

Odyssée, liv. XVII, vers 3Î2. (B

TRAITÉ DU SUBLIME

ils y auront bientôt fait éclore l’insolence , le déréglement , l'effronterie, et tous ces autres impitoyables tyrans de l’âme.

Sitôt donc qu’un homme , oubliant le soin de la vertu , n'a plus d’admiration que pour les choses frivoles et périssables , il faut de nécessité que tout ce que nous avons dit arrive en lui ; il ne saurait plus lever les yeux pour regarder au-dessus de soi , ni rien dire qui passe le commun ; il se fait en peu de temps une corruption générale dans toute son âme ; tout ce qu’il avoit de noble et de grand se flétrit et se sèche de soi-même , et n’attire plus que le mépris.

Et comme il n'est pas possible qu’un juge qu’on a oorrompu juge sainement et sans passion de ce qui est juste et honnête , parce qu’un esprit qui s’est laissé gagner aux présens ne connolt de juste et d’honnête que ce qui lui est utile; comment voudrionsnous que, dans ce temps où la corruption règne sur les mœurs et sur les esprits de tous les hommes, où nous ne songeons qu’à attraper la succession de celui-ci , qu’à tendre des pièges à cet autre pour nous faire écrire dans son testament, qu’à tirer un infâme gain de toutes choses, vendant pour cela jusqu’à notre âme, misérables esclaves de nos propres passions; comment, dis-je, se pourroit-il faire que, dans cette contagion générale, il se trouvât un homme sain de jugement et libre de passion , qui , n’étant point aveuglé ni séduit par l’amour du gain , pût discerner ce qui est véritablement grand et digne de la postérité? En un mot , étant tous faits de la manière que j’ai dit, ne vaut-il pas mieux qu’un autre nous commande, que de demeurer en notre propre puissance , de peur que cette rage insatiable d’acquérir , comme un furieux qui a rompu ses fers et qui se jette sur ceux qui l’environnent, n’aille porter le feu aux quatre coins delà terre? Enfin, lui dis-je , c’est l’amour du luxe qui est cause de cette fainéantise où tous les esprits , excepté un petit nombre , croupissent aujourd’hui. En effet, si nous étudions quelquefois, on peut dire que c’est, comme des gens qui relèvent de maladie, pour le plaisir et pour avoir lieu de nous vanter, et non point par une noble émulation et pour en tirer quelque profit louable et solide. Mais c’est assez parlé là-dessus. Venons maintenant aux passions, dont nous avons promis de faire un traité à part; car, à mon avis, elles ne sont pas un des moindres ornemens du discours , surtout pour ce qui regarde le sublime

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REMARQUES SUR LE TRAITÉ DU SUBLIME. 46

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