‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 326 sur 492 · SCR QUELQUES ARTICLES DU TEXTE DE VOVGM · texte numérisé non relu

SCR QUELQUES ARTICLES DU TEXTE DE VOVGM

Chap. I. — (a) Le grec porte : Mon cher Posthumius Térentianus : mais j’ai retranché Posthumius , le nom de Térentianus n’étant déjà que trop long. Au reste on ne sait pas trop bien qui étoit ce Térentianus. Ce qu’il y a de constant, c’est que c’étoit un Latin , comme son nom le fait assez connoltre , et comme Longin le témoigne lui-même dans le chapitre x. (B.)

(b) Cécilius. C’étoit un rhéteur sicilien. Il vivoit sous Auguste, et étoit contemporain de Denys d’Halicarnasse , avec qui il fnt lié d’une amitié assez étroite. (B.)

(e) La bassesse de son style. « C’est le sens que tous les interprètes ont donné à ce passage : mais comme le sublime n’est point nécessaire à un rhéteur, il me semble que Longin n’a pu parler ici de cette prétendue bassesse du style de Cécilius. Il lui reproche souvenY deux choses : la première que son livre est beaucoup plus petit que son sujet, la seconde qu’il n’en a pas même touché les principaux points. XuyYpap.|Aànov.... Tareewôrtpov éçavr | tïiî 5>nt {moêéoeaiç signifie : ce livre est trop petit pour tout son sujet. » (D.)

La bassesse du style : c’est ainsi qu’il faut entendre pov. Je ne me souviens point d’avoir jamais vu ce mot employé dans le sens que lui veut donner M. Dacier; et quand il s’en trouverait quelque eiemple , il faudrait toujours , à mon avis , revenir au sens le plus naturel, qui est celui que je lui ai donné; car pour ce qui est des paroles qui suivent rfic ôXtk ûroOécteük , cela veut dire « que son style est partout inférieur à son sujet, » y ayant beaucoup d’exemples en grec de ces adjectifs mis pour l’adverbe. (B.)

(d) Il faut prendre ici le mot d’ènivota, comme il est pris en beaucoup d’endroits , pour une simple pensée. « Cécilius n’est pas tant à blâmer pour ses défauts , qu’à louer pour la pensée qu’il a eue , pour le dessein qu’il a eu de bien faire. » Il se prend aussi quelquefois pour invention ; mais il ne s’agit pas d’invention dans un traité de rhétorique , c’est de la raison et du bon sens dont il est besoin. (B.)

(e) Le grec porte , àvSpâni itoXitixoïç , viris politicis , c’est-à-dire les orateurs, en tant qu’ils sont opposés aux déclamateurs et à ceux qui font des discours de simple ostentation. Ceux qui ont lu Hermogène savent ce que c’est que rcoXi-cixèç Xéyoc, qui veut proprement dire un style d’usage et propre aux affaires; à la diffé-

rence du style des déclamateurs, qui n’est qu’un style d’apparat , où souvent l’on sort de la nature pour éblouir les yeux. L’auteui donc , par viros politxcos , entend ceux qui mettent en pratique sermonem politxcum. (B.)

(f) Je n’ai point exprimé çD.tatov , parce qu’il me semble tout à fait inutile en cet endroit. (B.)

(g) Gérard Langbaine , qui a fait de petites notes très-savantes sur Longin, prétend qu’il y a ici une faute, et qu’au lieu de ueptéëaXov EÙxXtiai; tèv aiûva, il faut mettre Ci7C£ptëaXov eOxXEiaiç. Ainsi , dans son sens , il faudroit traduire , « ont porté leur gloire au delà de leurs siècles. » Mais il se trompe : rcsptéëaXo v veut dire , a ont embrassé , ont rempli toute la postérité de l’étendue de leur gloire. » Et quand on voudroit même entendre ce passage à sa manière, il ne faudroit point faire pour cela de correction, puisque rapiéëaXov signifie quelquefois vmepéëaXov , comme on le voit dans ce vers d’Homère, Iliade, liv. XXIII, vers 276 :

"lave yàp Saeov l/xo\ àperrj nepiëàXXETOv îmtoi. (B.)

(b) Je ne sais pourquoi M. Le Fèvre veut changer cet endroit qui , à mon avis , s’entend fort bien sans mettre 7t<mwç au lieu de irawè; , «surmonte tous ceux qui l’écoutent. » (B.)

Chap. II. — (t) Il faut suppléer au grec, et sous-entendre itXoïa , qui veut dire des vaisseaux de charge , x*i ù; èmxwSvvéTepa aùvà 7cXoïa,-etc. , et expliquer àveppumaTa , dans le sens de M. Le Fèvre et de Suidas , des vaisseaux qui flottent , manque de sable et de gravier dans le fond , qui les soutienne et leur donne le poids qu’ils doivent avoir , auxquels on n'a pas donné le lest. Autrement il n’y a point de sens. (B.)

(j) J’ai suppléé la reddition de la comparaison qui manque en cet endroit dans l’original '. (B.)

(&) Il y a ici une lacune considérable. L’auteur, après avoir montré qu’on peut donner des règles du sublime , commençoit à traiter des vices qui lui sont opposés , et entre autres du styte enflé ,

4 . Tollius a recouvré un fragment de cinq à six lignes qu’il traduit ainsi :

« Que la nature tienne pour arriver au grand la place du bonheur, et l’art celle de la prudence : mais ce qu’on doit considérer ici sur toutes choses, c’est que celte connoissance même, qu’il y a dans l’éloquence quelque chose qu’on doit à la bonté de la nature, ne vient que de l’art même qui nous l’indique. C’est pourquoi je ne doute pas que, quand celui qui nous blâme de ce que nous lâchons d’assujettir le sublime aux études et à l’art, voudra faire scs réflexions sur ce que nous venons de débiter, il ne change bientôt d’avis, et qu’il ne condamne plus nos soins dans cette matière, comme s'ils étoienl superflus et sans aucun profit. »

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qui n’est autre chose que le sublime trop poussé. Il en faisoit voir l’extravagance par le passage d’un je ne sais quel poète tragique dont il reste encore ici quatre vers -, mais comme ces vers étoient déjà fort galimatias d’eux-mêmes, au rapport de Longin , ils le sont devenus encore bien davantage par la perte de ceux qui les précédoient. J’ai donc cru que le plus court étoit de les passer, n’y ayant dans ces quatre vers qu’un des trois mots que l’auteur raille dans la suite. En voilà pourtant le sens confusément. C’est quelque Capanée qui parle dans une tragédie. « Et qu’ils arrêtent la flamme qui sort à longs flots de la fournaise ; car si je trouve le maître de la maison seul , alors d’un seul torrent de flammes entortillé , j’embraserai la maison , et la réduirai toute en cendres. Mais cette noble musique ne s’est pas encore fait ouïr. » J’ai suivi ici l’interprétation de Langbaine. Comme cette tragédie est perdue , on peut donner à ce passage tel sens qu’on voudra ; mais je doute qu’on attrape le vrai sens. (B.)

(l) Hermogène va plus loin , et trouve celui qui a dit cette pensée digne des sépulcres dont il parle. Cependant je doute qu’elle déplût aux poètes de notre siècle , et elle ne seroit pas en effet si condamnable dans les vers. (B.)

(m) Ouvre une grande bouche pour souffler dans une petite flûte. J’ai traduit ainsi çopSsiâ; S’ cttep , afin de rendre la chose intelligible. Pour expliquer ce que veut dire çopûeià, il faut savoir que la flûte, chez les anciens, étoit fort différente de la flûte d’aujourd’hui ; car on en tiroit un son bien plus éclatant , et pareil au son de la trompette , tubxque xmula , dit Horace. Il falloit donc , pour en jouer, employer une plus grande force d’haleine, et par conséquent s’enfler extrêmement les joues, qui étoit une chose désagréable à la vue. Ce fut en effet ce qui en dégoûta Minerve et Alcibiade. Pour obvier à cette difformité , ils imaginèrent une espèce de lanière ou courroie qui s’appliquoit sur la bouche , et se lioit derrière la tête, ayant au milieu un petit trou par où l’on embouchoit la flûte. Plutarque prétend que Marsyas en fut l’inventeur. Ils appeloient cette lanière ipopêeiàv : et elle faisoit deux différens effets; car, outre qu’en serrant les joues elle les empêchoit de s’enfler, elle donnoit bien plus de force à l’haleine , qui , étant repoussée , sortoit avec beaucoup plus d’impétuosité et d’agrément. L’auteur donc, pour exprimer un poète enflé qui souffle et se démène sans faire de bruit, le compare à un homme qui joue de la flûte sans cette lanière. Mais comme cela n’a point de rapport à la flûte d’aujourd’hui , puisqu’à peine on serre les lèvres quand on en joue , j’ai cru qu’il valoit mieux mettre une pensée équivalente , pour qu’elle ne s’éloignât point trop de la chose , afin que le lecteur qui ne se soucie pas tant des antiquailles , puisse passer, sans être obligé, pour m’entendre, d’avoir recours aux remarques. (B.)

Chap. III. —(n) ’EmvoTjTDtè; veut dire un homme qui imagine, qui pense sur toutes choses ce qu’il faut penser; et c’est proprement ce qu’on appelle un homme de bon sens. (B.)

(o) Le grec porte , a à composer son panégyrique pour la guerre contre les Perses. » Mais si je l’avois traduit de la sorte , on croiroit qu’il s’agiroit ici d’un autre panégyrique que du panégyrique d’Isocrate, qui est un mot consacré en notre langue. (B.)

(p) Il y a dans le grec, « du Macédonien avec un sophiste.» A l’égard du Macédonien, il falloitque ce mot eût quelque grâce en grec, et qu’on appelât ainsi Alexandre par excellence, comme nous appelons Cicéron l’orateur romain. Mais le Macédonien en françois, pour Alexandre, seroit ridicule. Pour le mot de sophiste, il signifie bien plutôt en grec un rhéteur qu’un sophiste, qui en françois ne peut jamais être pris en bonne part , et signifie toujours un homme qui trompe par de fausses raisons , qui fait des sophismes, cavillatorem ; au lieu qu’en grec c’est souvent un nom honorable. (B.)

(q) Le grec porte, «c qui tiroit son nom du dieu qu’on avoit offensé ; » mais j’ai mis d’Hermès , afin qu’on vît mieux le jeu de mots. Quoi que puisse dire M. Dacier, je suis de l’avis de Langbaine, et ne crois point que 6; iitô toû itapavopriOévxo;.... f,v veuille dire autre chose que, «qui tiroit son nom, de père en fils, du dieu qu’on avoit offensé. » (B).

(r) Ce passage est corrompu dans tous les exemplaires que nous avons de Xénophon, où l’on a mis OaXâiAot; pour à?9a)p.oïî, faute d’avoir entendu l’équivoque de xôpv. Cela fait voir qu’il ne faut pas aisément changer le texte d’un auteur. (B .)

(s) C’est ainsi qu’il faut entendre ù; çiopiou vivo; èçam6fi«vo: , et non pas , a sans lui en faire une espèce de vol, » tanquam furtumquoddam attingens; car cela auroit bien moins de sel. (B.)

(t) Le Fèvre traduit les termes de Platon par memorix cyparissinx ; et Dacier pense qu’il falloit dire én françois : mémoires de cypris , parce que le mot de mémoires conserve mieux que celui de monumens le ridicule que Longin relève. Il y a plus d’affectation à donner à des tablettes faites avec du bois de cyprès le nom de mémoires de cyprès , que celui de monumens.

Boileau répond que le froid de ce mot consiste dans le terme de monumens mis avec cyprès. C’est comme si on disoit, à propos des registres du parlement : « Ils poseront dans le greffe ces monumens de parchemin. » M. Dacier se trompe fort. (Edition de 1713.)

(u) Ce sont dçs ambassadeurs persans qui le disent , dans Hérodote (liv. V, chap. xvm) chez le roi de Macédoine, Amyntas. Cependant Plutarque l'attribue à Alexandre le Grand, et le met au rang des apophthegmes de ce prince. Si cela est, il falloit

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qu’Alexandre l’eût pris à Hérodote. Je suis pourtant du sentiment de Longin , et je trouve le mot froid dans la bouche même d’Alexandre. (B.)

Chap. V. — (u) 05 itoXX#| p.àv f\ àvaSêiàpïistç , « dont la contemplation est fort étendue , qui nous remplit d’une grande idée. » A l’égard de xareïavderntnî, il est vrai que ce mot ne se rencontre nulle part dans les auteurs grecs; mais le sens que je lui donne est celui, à mon avis, qui lui convient le mieux; et lorsque je puis trouver un sens au mot d’un auteur, je n’aime point à corriger le teite. (B.)

(w) Dacier ne veut pas qu’on joigne les mots Xôyo>v Ev ti. Il veut une virgule après ) oytov . Selon lui, Longin a voulu dire : Lorsqu’on un grand nombre de personnes dont les inclinations , l’âge , l’humeur , la profession et le langage sont différens , tout le monde vient à être frappé également d’un même endroit; ce jugement , etc. »

Aéytov êv ti , c’est ainsi que tous les interprètes de Longin ont joint ces mots. M. Dacier les arrange d’une autre sorte, mais je doute qu’il ait raison. fB.)

Chap. VI. — ( x ) Aloüs étoit fils de Titan et de la Terre. Sa femme s’appeloit lphimédie; elle fut violée par Neptune, dont elle eut deux enfans , Otus et Éphialte , qui furent appelés Aloïdes , à cause qu’ils furent nourris et élevés chez Aloüs comme ses enfans. Virgile en a parlé dans le livre VI de VÉnéide.

Hic et Âloidas geminos, tmmam'a utdt Corpora. (B.)

Chap. VII. — (y) Tout ceci, jusqu’à « cette grandeur qu'il lui donne , etc. , » est suppléé au texte grec , qui est défectueux en cet endroit. (B.)

(x) Il y a dans le grec , « que l’eau , en voyant Neptune , se ridoit et sembloit sourire de joie. » Mais cela seroit trop fort en notre langue. Au reste j’ai cru que « l’eau reconnoît son roi » seroit quelque chose de plus sublime que de mettre comme il y a dans le grec, «Que les baleines reconnoissent leur roi.» J’ai tâché , dans les passages qui sont rapportés d’Homère , à enchérir sur lui , plutôt que de le suivre trop scrupuleusement à la piste. (B.)

(oa) Il y a dans Homère ; « Et après cela fais-nous périr , si tu veux, à la clarté des cieux. » Mais cela auroit été foible en notre langue, et n’auroit pas si bien mis en jour la remarque de Longin , que , « et combats contre nous, etc. » Ajoutez que de dire à Jupiter, « combats contre nous, » c’est presque la même chose

que œ fais-nous périr, » puisque dans un combat contre Jupiter on ne sauroit éviter de périr. (B.)

(bb) Je ne crois point que Longin ait voulu dire que les accidens qui arrivent dans l’Iliade sont déplorés par les héros de l'Odyssée. Mais il dit : « Ajoutez qu’Homère rapporte dans l’Odyssée des plaintes et des lamentations, comme connues dès longtemps à ses héros. » ( D.)

La remarque de M. Dacier sur cet endroit est fort savante et fort subtile, mais je m’en tiens pourtant toujours à mon sens. (B.)

(ce) Voilà, à mon avis, le véritable sens de TtXâvo; (nXâvoii). Car pour ce qui est de dire qu’il n’y a pas d’apparence que Longin ait accusé Homère de tant d’absurdités, cela n’est pas vrai, puisqu’à quelques lignes de là il entre même dans le détail de ces absurdités. Au reste, quand il dit, a des fables incroyables, » il n’entend pas des fables qui ne sont point vraisemblables, mais des fables qui ne sont point vraisemblablement contées, comme la disette d’Ulysse, qui fut dix jours sans manger, etc. (B.)

Chap. VIII. — ( dd) Le grec ajoute : a comme l’herbe, » mais cela ne se dit point en françois. ^B.)

(ce) Il y a dans le grec : « une sueur froide ; » mais le mot de sueur en françois ne peut jamais être agréable , et laisse une vilaine idée à l’esprit. (B.)

(ff) C’est ainsi que j’ai traduit çoêeîxai, et c’est ainsi qu’il le faut entendre, comme je le prouverai aisément s’il est nécessaire. Horace, qui est amoureux des hellénismes, emploie le mot de métus en ce même sens dans l’ode Bacchum in remotis , quand il dit : Evoe ! regenli mens trépidât metu ; car cela veut dire : « Je suis encore plein de la sainte horreur du dieu qui m’a transporté. » (B.)

(qg) Il y a dans le grec : * et joignant par force ensemble des prépositions qui naturellement n’entrent point dans une même composition, vn’ in. Savdxoïo : par cette violence qu’il leur fait, il donne à son vers le mouvement même de la tempête , et exprime admirablement la passion; car, par la rudesse de ces syllabes qui se heurtent l’une l’autre, il imprime jusque dans ces mots l’image du péril, W èx flavâtoio çépovxai. » Mais j’ai passé tout cela parce qu'il est entièrement attaché à la langue grecque. (B.)

(hh) L’auteur n’a pas rapporté tout le passage , parce qu’il est un peu long. Il est tiré de l’oraison pour Ctésiphon. Le voici : a II étoit déjà fort tard lorsqu’un courrier vint apporter au Prytanée la nouvelle que la ville d’Élatée étoit prise. Les magistrats qui soupoient dans ce moment, quittent aussitôt la table. Les uns

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vont dans la place publique, ils en chassent les marchands; et, pour les obliger de se retirer, ils brûlent les pieux des boutiques où ils étaloient. Les autres envoient avertir les officiers de l’armée. On fait venir le héraut public : toute la ville est pleine de tumulte. Le lendemain, dès le point du jour, les magistrats assemblent le sénat. Cependant , messieurs , vous couriez de toutes parts dans la place publique, et le sénat n’avoit pas encore rien ordonné, que tout le peuple étoit déjà assis. Dès que les sénateurs furent entrés, les magistrats firent leur rapport. On entend le courrier. Il confirme la nouvelle. Alors le héraut commence à crier : Quelqu’un veut-il haranguer le peuple? Mais personne ne lui répond. lia beau répéter la même chose plusieurs fois, aucun ne se lève; tous les officiers, tous les orateurs étant présens aux yeux de la commune patrie , dont on entendoit la voix crier : N’y a-t-il personne qui ait un conseil à me donner pour mon salut? » (B.)

Chap. X. — (ii) Cet endroit est fort défectueux. L’auteur , après avoir fait quelques remarques encore sur l’amplification, venoit ensuite à comparer deux orateurs dont on ne peut pas deviner les noms ; il reste même dans le texte trois ou quatre lignes de cette comparaison, que j'ai supprimées dans la traduction, parce que cela auroit embarrassé le lecteur, et auroit été inutile, puisqu’on ne sait point qui sont ceux dont l’auteur parle. Voici pourtant les paroles qui en restent : « Celui-ci est plus abondant et plus riche. On peut comparer son éloquence à une grande mer qui occupe beaucoup d’espace et se répand en plusieurs endroits. L’un, à mon avis , est plus pathétique , et a bien plus de feu et d’éclat. L’autre, demeurant toujours dans une certaine gravité pompeuse, n’est pas froid, à la vérité, mais n’a pas aussi tant d’activité ni de mouvement. » Le traducteur latin a cru que ces paroles regardoient Cicéron et Démosthène; mais, à mon avis, il se trompe. (B.)

( jj ) M. Le Fèvre et M. Dacier donnent à ce passage une interprétation fort subtile; mais je ne suis point de leur avis, et je rends ici le mot xaTavxXïjoai dans son sens le plus naturel , arroser , rafraichir, qui est le propre du style abondant, opposé au style sec. (B.)

Chap. XI. — [kk) Il y a dans le grec tl |aiJ) xà in' IvSoùc xoi ol «épi A [AjAiiviov. Mais cet endroit vraisemblablement est corrompu; car quel rapport peuvent avoir les Indiens au sujet dont il s’agit? (B.)

Chap. XII. — (il) Dacier traduit : « Car si un homme après avoir envisagé ce jugement, tombe d’abord dans la crainte de ne pouvoir rien produire qui' lui survive, il est impossible que les conceptions de. son esprit ne soient aveugles et imparfaites , et

qu'elles n'avortent . pour ainsi dire, sans pouvoir jamais parvenir à la dernière postérité. *

Boileau traduit au contraire : cor ri un homme.... a peur . pour ainsi dire. d'Avoi* WT quelque chose qui rite plus que lui. — C’est ainsi . dit-il . qu’il faut entendre ce passage. Le sens que lu donne M. Dacier s’accorde assez bien au grec: mais il fait dire une chose de mauvais sens à Longin . puisqu’il n’est point vrai qu’un homme qui se défie que ses ouvrages aillent à la postérité ne produira jamais rien qui en soit digne: et qu’au contraire c’est cette défiance même qui lui fera faire des efforts pour mettre ses ouvrages en état d’y passer avec éloge. ( Édition de 1713.1

Chap. XIII. (mm) J’ai ajouté ce vers , que j’ai pris dans le texte d’Homère. (B.)

(nn) Le grec porte : « au-dessus de la Canicule : ônurtc variai Seiptiov j k&ù;»... 'Iiratvc. Le Soleil à cheval monta au-dessus de la Canicule. » Je ne vois pas pourquoi Rutgersius et H. Le Fèvre veulent changer cet endroit, puisqu’il est fort clair, et ne veut dire autre chose . sinon que le soleil monta au-dessus de la Canicule . c’est-à-dire dans le centre du ciel , où les astrologues tiennent que cet astre est placé, et, comme j’ai mis : « au plus haut des ciéux , » pour voir marcher Phaéton , et que de là il lui crioit encore : «Va par là, reviens, détourne, etc. * (B.)

« Ce n’est point M. Le Fèvre qui a voulu changer cet endroit. Au contraire , il fait voir le ridicule de la correction de Rutgersius , qui lisoit Eeipaîou au lieu de Etipeîoo. Il a dit seulement qu’il faut lire Itipiou ; et cela est sans difficulté , parce que le pénultième pied de ce vers doit être un ïambe , piov. Mais cela ne change rien au sens : au reste , Euripide , à mon avis , n'a point voulu dire que le Soleil monte à chetal au-dessus de la Canicule; mais ... sur un astre qu’il appelle Itiptov , Sirium , qui est le nom général de tous les astres , et qui n’est point du tout ici la Canicule. 'Oit «rte ne doit point être construit avec varia , il faut le joindre avec Iititcut du vers suivant.... Le Soleil monté sur un astre alloit après son fils, en lui criant, etc. et cela est beaucoup plus vraisemblable que de dire que le Soleil monta à cheval pour aller seulement au centre du ciel.... Ce centre du ciel est un peu trop éloigné de la route que tenoit Phaéton. » (D.l

Chap. XVI. — ( oo ) Le grec ajoute : « Il y a encore un autre moyen , car on peut le voir dans le passage d’Hérodote , qui est extrêmement sublime. * Mais je n’ai pas cru devoir mettre ces paroles en cet endroit, qui est fort défectueux, puisqu'elles ne forment aucun sens, et ne serviroient qu’à embarrasser le lecteur. (B.)

(pp) J’ai suppléé cela au texte , parce que le sens y conduit de lui-même. (B.)

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(qq) Tous les exemplaires de Longin mettent ici des étoiles, comme si l’endroit étoit défectueux; mais ils se trompent. La remarque de Longin est fort juste, et ne regarde que ces deux périodes sans conjonction : « Nous avons par ton ordre, etc.; » et ensuite : a Nous avons dans le fond, etc. » (B.)

(rr) La restitution de M. Le Fèvre est fort bonne, ouvôuoxoûct»k , efcnon pas <juv8i<uxoû<ni;. J’en avois fait la remarque avant lui. (B.)

Chap. XIX. — [ss'r Aûvîxa Xao; aireipov ôûvov È7t’ rjlôvtcm finervàpevot xeïàSriuav. Langbaine écrit Oûvov au lieu de Ôûvwv , et voit dans ce texte une fin de vers et un vers entier :

A Ot£xa Xao; dimpov

0ûvov èit’ ^tovEddi SuaTÔpevov xe).à Srjeav.

Le Fèvre soutient que c’est de la prose , et que si on lit Oûvov il faut ajouter xai.

Quoi qu’en veuille dire M. Le Fèvre, il y a ici deux vers, et la remarque de Langbaine est fort juste ; car je ne vois pas pourquoi , en mettant Oûvov , il est absolument nécessaire de mettre xai. (B.)

Chap. XX. — (M) Il y a dans le grec ol QeûpEvoi. C’est une faute ; il faut mettre comme il y a dans Hérodote , Oetjtpov. Autrement Longin n’auroit su ce qu’il vouloit dire. (B.)

Chap. XXIII. — (uu) « Ce n’est guère la coutume qu’un héraut pèse la conséquence des ordres qu’il a reçus; ce n’est point aussi la pensée d’Hécatée. M. Le Fèvre avoit fort bien vu que Taûta Setvà TcotoûpLtvo; ne signifie point du tout pesant la conséquence de ces choses , mais étant bien fâché de ces choses , comme mille exemples en font foi ; et que Av n’est point ici un participe , mais 2>v pouroîv dans le style d’Ionie, qui étoit celui de cet auteur; c’est-à-dire que <î>j p^ û>v. ... ne signifie point comme si je n’élois point au monde; mais afin donc que vous ne périssiez pas entièrement.... » (D.)

M. Le Fèvre et M. Dacier donnent un autre sens à ce passage d’Hécatée, et font même une restitution sur <J><; pV| Srv, dont ils changent ainsi l’accent, o>; p?) ùv, prétendant que c’est un ionisme pour ù>; p9| oîv. Peut-être ont-ils raison; mais peut-être aussi qu’ils se trompent, puisqu’on ne sait de quoi il s’agit en cet endroit, le livre d’Hécatée étant perdu. En attendant donc que ce livre soit retrouvé, j’ai cru que le plus sûr étoit de suivre le sens de Gabriel de Pétra et des autres interprètes, sans y changer ni accent ni virgule. (B.)

Chap. XXIV. — ^rr) C’est ainsi qu’il faut entendre xapaçwvwv,

ces mots çOôyyoi wxpaçûvoi ne voulant dire autre chose que les parties faites sur le sujet ; et il n’y a rien qui convienne mieux à la périphrase , qui n’est autre chose qu’un assemblage de mots qui répondent différemment au mot propre, et par le moyen desquels, comme l’auteur le dit dans la suite, d'une diction toute simple , on fait une espèce de concert et d’harmonie. Voilà le sens le plus naturel qu’on puisse donner à ce passage; car je ne suis pas de l’avis de ces modernes qui ne veulent pas que , dans la musique des anciens dont on nous raconte des effets si prodigieux, il y ait eu des parties, puisque sans parties il ne peut y avoir d’harmonie. Je m’en rapporte pourtant aux savans en musique, et je n'ai pas assez de connoissance de cet art pour décider souverainement là-dessus. (B.)

(xx) Dans les premières éditions de cette traduction , on lisoit : leur envoya la maladie des femmes ; ce que Boileau expliquoit, à la marge, par le mot hémorroïdes. Tous les interprètes précédens avoient entendu ainsi ce passage d’Hérodote (liv. 1 , ch. cv). Dacier observa que les mots 0nXïtov voôoov, la maladie féminine , ne pouvoient guère s’appliquer à une incommodité commune aux deux sexes, et pensa que l’historien désignoit ici la maladie périodique qui est particulière aux femmes. Cette opinion de Dacier donna lieu à une note que Boileau inséra dans son édition de 1694 ; cette note étoit ainsi conçue :

« Ce passage a fort exercé jusqu’ici les savans , entre autres M. Costar et M. de Girac. C’est ce dernier dont j’ai suivi ce sens, qui m’a paru beaucoup meilleur, y ayant un fort grand rapport de la maladie naturelle qu’ont les femmes avec les hémorroïdes. Je ne blâme pourtant pas le sens de M. Dacier. » (Boileau, édition de 1694.)

Boileau, éclairé sur le sens du texte par un écrit de Tollius, publié en 1694, corrigea sa traduction; il rendit 8^3. «av voûcov par une maladie qui les rendoit femmes (c’est-à-dire impuissans) , et substitua, dans l’édition de 1701, à sa remarque de 1694, la remarque suivante :

« Ce passage a fort exercé jusqu’ici les savans, et entre autres M. Costar et M. de Girac; l’un prétendant que 6f,Xïiav voûaov signifioit une maladie qui rendit les Scythes efféminés; l’autre, que cela vouloit dire que Vénus leur envoya des hémorroïdes. Mais il paroît incontestablement, par un passage d’Hippocrate, que le vrai sens est qu’elle les rendit impuissans , puisqu’en l’exprimant des deux autres manières , la périphrase d’Hérodote seroit plutôt une obscure énigme qu’une agréable circonlocution. » (Boileau, éditions de 1701 et 1713.)

Ciiap. XXV. — (y y) 11 y a avant ceci dans le grec, uitTixorraTov xai yovipov tôS’ ’AvaxpÉovto; , oùxeti 0pY]ïxiru iwiffrpéço|xau Mais je n’ai point exprimé ces paroles, où il y a assurément de l’er-

SUR LE TRAITÉ DU SUBLIME

reur, le mot OimxûvaTov n’étant point grec. Et du reste, que peuvent-ils dire ces mots : a Cette fécondité d’Anacréon : je ne me soucie plus de la Thracienne? » (B.)

«rôvijiov ne signifie point ici fécond , comme M. Despréaux l’a cru avec tous les autres interprètes, mais pur, comme quelquefois le genuinum des Latins.... Par cette Thracienne, il faut entendre cette fille de Thrace dont Anacréon avoit été amoureux, et pour laquelle il avoit fait l’ode lxiii. » (D.)

Chap. XXVI — (xs) Il y a dans le grec irpoutiruxéte; , comme qui diroit , « ils ont bu notre liberté à la santé de Philippe. » Chacun sait ce que veut dire npoirtveiv en grec, mais on ne le peut pas exprimer par un mot françois. (B.)

(àb) Le passage de Longin est corrompu.... La rate ne peut jamais être raisonnablement appelée la cuisine des intestins ; et ce qui suit détruit manifestement cette métaphore.... Platon écrit êxpayeïov, et non pas pocYeipeiov. (Voyez le Timée, p. 72 du t. III de l’édition de Serranus.) ’Expayeiov signifie proprement une serviette à essuyer les mains. (D.)

Chap. XXVIII. — (ac) Je n’ai point exprimé ÉvBev et Iv6ev Sé, de peur de trop embarrasser la période. (B.)

Chap. XXXI. — (ad) « Comment concevoir que des gens postés et retranchés sur une hauteur , se défendent avec les dents contre des ennemis qui tirent toujours , et qui ne les attaquent que de loin ?» En conséquence de cette observation , Dacier fait , après Le Fèvre , quelques corrections au texte d’Hérodote , et traduit ainsi : a Comme ils se défendoient encore dans le même lieu avec les épées qui leur restoient , les barbares les accablèrent de pierres et de traits. » (D.j

Ce passage est fort clair, cependant c’est une chose surprenante qu’il n’ait été entendu ni de Laurent Valle, qui a traduit Hérodote , ni des traducteurs de Longin , ni de ceux qui ont fait des notes sur cet auteur : tout cela, faute d’avoir pris garde que le verbe xavayéd) veut quelquefois dire enterrer. Il faut voir les peines que se donne M. Le Fèvre pour restituer ce passage , auquel , après bien du changement , il ne saurait trouver de sens qui s’accommode à Longin , prétendant que le texte d'Hérodote ctoit corrompu dès le temps de notre rhéteur, et que cette beauté qu’un si savant critique y remarque est l’ouvrage d’un mauvais copiste qui y a mêlé des paroles qui n’y étoient point. Je ne m’arrêterai point à réfuter un discours si peu vraisemblable. Le sens que j’ai trouvé est si clair et si infaillible, qu’il dit tout; et l’on ne saurait excuser le savant M. Dacier de ce qu’il dit contre Longin et contre moi dans sa

note sur ce passage, que par le zèle, plus pieux que raisonnable, qu’il a eu de défendre le père de son illustre épouse. (B.)

(ae) J’ai suivi la restitution de Casaubon. (B.)

Chap. XXXII. — (af) Les traducteurs n’ont point, à mon avis, conçu ce passage , qui sûrement doit être entendu dans mon sens, comme la suite du chapitre le fait assez connoître. ’Evépfnp.a veut dire un effet et non pas un moyen, «n’est J)as simplement un effet de la nature de l’homme. » (B.)

( ag ) Il y a dans le grec p.ex’ éXeuflsp£o« xaî irâflouç ; c’est ainsi qu’il faut lire , et non point Ixi iXevBepîa? , etc. Ces paroles veulent dire : « Qu’il est merveilleux de voir des instrumens inanimés avoir en eux un charme pour émouvoir les passions , et pour inspirer Ta noblesse de courage. » Car c’est ainsi qu’il faut entendre tXeu8ep£«. En effet , il est certain que la trompette , qui est un instrument, sert à réveiller le courage dans la guerre. J’ai ajouté le mot d’iNANiMÉs , pour éclaircir la pensée de l’auteur , qui est un peu obscure en cet endroit. ’Opyavov , absolument pris , veut dire toutes sortes d’instrumens musicaux et inanimés , comme le prouve fort bien H. Estienne. (B.)

{ah) L’auteur justifie ici sa pensée par une période de Démosthène , dont il fait voir l’harmonie et la beauté. Mais comme ce qu’il en dit est entièrement attaché à la langue grecque , j’ai cru qu’il valoit mieux le passer dans la traduction , et le renvoyer aux remarques , pour ne pas effrayer ceux qui ne savent pas le grec. En voici donc l’explication : « Ainsi cette pensée que Démosthène ajoute après la lecture de son décret paroit fort sublime , et est en effet merveilleuse. Ce décret, dit-il, a fait évanouir le péril qui environnoit cette ville , comme un nuage qui se dissipe de lui-même : Toûxo xô «J'flÇU'pa xôv xôxe x^j icôXet jteptirnxvxa x£v- Suvov itapEXfleïv èito£r,(jsv , &ai cep ve'po;. Mais il faut avouer que l’harmonie de la période ne le cède point à la beauté de la pensée ; car elle va toujours de trois temps en trois temps, comme si c’étoient tous dactyles, qui sont les pieds les plus nobles et les plus propres au sublime; et c’est pourquoi le vers héroïque , qui est le plus beau de tous les vers , en est composé. En effet , si vous ôtez un mot de sa place , comme si vous mettiez xoûxo tô i}<r)pi<jp.a , &antp véço;, iito£>jcre xôv xôte xtvguvov 7tapeX0Eïv ; ou si vous en retranchez une seule syllabe , comme êïtotriG-e irapEXOeïv ü; véçoc , vous connaîtrez aisément combien l’harmonie contribue au sublime. En effet, ces paroles tSoitEp viço; , s’appuyant sur la première syllabe qui est longue, se prononcent à quatre reprises; de sorte que, si vous en ôtez une syllabe , ce retranchement fait que la période est tronquée. Que si au contraire vous en ajoutez une , comme icapEXSeïv iitoiniEv dxntEpei veço; , c’est bien le même sens, mais ce n’estplus la même cadence , parce que la période s’arrêtant trop long-

SUR LE TRAITÉ DU SUBLIME

temps sur Les dernières syllabes , le sublime , qui étoit serré auparavant , se relâche et s'affaiblit. » Au reste , j'ai suivi dans ces derniers mots l’explication de M. Le Fèvre, et j'ajoute comme lui tt à (Suite p. (B.)

Chap. XXXIV. — (ai) Il y a dans le grec, « commençant à bouillonner,» Çt<xâ<m;; mais le mot de bouillonner n’a point de mauvais son en notre langue, et est au contraire agréable i l’oreille. Je me suis donc servi du mot bruire, qui est bas, et qui exprime le bruit que fait l’eau quand elle commence à bouillonner. (B.)

Chap. XXXV. — (aj) Il y a beaucoup de choses qui manquent en cet endroit. Après plusieurs raisons de la décadence des esprits qu’apportoit ce philosophe introduit ici par Longin , notre auteur vraisemblablement reprenoit La parole , et en établissoit de nouvelles causes , c’est à savoir la guerre qui étoit alors par toute la terre, et l’amour du luxe, comme la suite le fait assez connoltre. (B.)

FUI D¥S RkMARUVU.

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