Voiture, dans l’épttre en vers à Mgr le Prince, a dit
Au delà des bords du Cocyte U n’est plus parlé de mérite. (B.)
3. Ces deux vers commencent une ode de Malherbe au duc de Bellegarde.
LETTRES DE BOILEAU
à mon avis. il n’a prodigué ses hyperboles plus à propos. C’est à tous d’en juger: mais auparavant lisez, je tous prie , La lettre de Voiture.
« Ata champs Eljsées, le 2 juin.
« Mosseigszür ,
« Bien que nous autres morts ne prenions pas grand intérêt aux affaires des vivans, et ne soyons pas trop portés à rire, je ne saurois pourtant m’empêcher de me réjouir des grandes choses que tous faites au-dessus de notre tête. Sérieusement, votre dernier combat fait un bruit de diable aux enfers : il s’est fait entendre dans un lieu où l’on n’entend pas Dieu tonner, et a fait connoître rotre gloire dans un pays où l’on ne connoît point le soleil. Il est Tenu ici un bon nombre d’Espagnols qui y étoient, et qui nous en ont appris le détail. Je ne sais pas pourquoi on veut faire passer les gens de leur nation pour fanfarons : ce sont, je vous assure, de fort bonnes gens; et le roi, depuis quelque temps, nous les envoie ici fort humbles et fort honnêtes. Sans mentir, monseigneur, vous avez bien fait des vôtres depuis peu. A voir de quel air vous courez la mer Méditerranée, il semble qu'elle vous appartienne toute entière. Il n’y a pas à l’heure qu’il est, dans toute son étendue, un seul corsaire en sûreté; et, pour peu que cela dure, je ne vois pas de quoi vous voulez que Tunis et Alger subsistent. Nous avons ici les César, les Pompée et les Alexandre : ils trouvent tous que vous avez assez attrapé leur air dans votre manière de combattre; surtout César vous trouve très- César. 11 n’y a pas jusqu’aux Alaric, aux Genséric, aux Théodoric et à tous ces autres conquérans en ic, qui ne parlent fort bien de votre action; et dans le Tartare même, je ne sais si ce lieu vous est connu, il n’y a point de diable, monseigneur, qui ne confesse ingénument qu’à la tête d’une armée vous êtes beaucoup plus diable que lui. C’est une vérité dont vos ennemis tombent d’accord. Néanmoins, à voir le bien que vous avez fait à Messine , j’estime pour moi que vous tenez plus de l’ange que du diable, hors que les anges ont la taille un peu plus légère que vous 1 , et n’ont point le bras en écharpe *. Raillerie à part , l’enfer est extrêmement déchaîné en votre faveur. On ne trouve qu’une chose à redire à votre conduite , c’est le peu de soin que vous prenez quelquefois de votre vie. On vous aime assez en ce pays-ci pour souhaiter de ne vous y point voir. Croyez-moi , monseigneur, je l’ai déjà dit en l’autre monde ,
a C’est fort peu de chose
« Qu’un demi-dieu quand il est mort. »
(Épitre au grand Condé.)