‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 332 sur 492 · Le duc de Vivonne étoit fort gros · texte numérisé non relu

Le duc de Vivonne étoit fort gros

2. Dans l'action qui suivit le célèbre passage du Rhin , Vivonne reçut nnc grande blessure i l’épaule gauche, et depuis il porta toujours le bras en écharpe.

Il n'est rien tel que d’être vivant. Et pour moi qui sais maintenant par expérience ce que c’est que ne plus être, je fais ici la meilleure contenance que je puis; mais, à ne vous rien celer, je meurs d’envie de retourner au monde, ne fût-ce que pour avoir le plaisir de vous y voir. Dans le dessein même que j'ai de faire ce voyage, j’ai déjà envoyé plusieurs fois chercher les parties de mon corps pour les rassembler; mais je n’ai jamais pu ravoir mon cœur, que j’avois laissé en partant à ces sept maîtresses que je servois, comme vous savez, si fidèlement toutes sept à la fois. Pour mon esprit, à moins que vous ne l’ayez, on m'a assuré qu’il n’étoit plus dans le monde. A vous dire le vrai , je vous soupçonne un peu d’en avoir au moins l’enjouement ; car on m’a rapporté ici quatre ou cinq mots de votre façon que je voudrois de tout mon cœur avoir dits, et pour lesquels je donnerais volontiers le panégyrique de Pline 1 , et deux de mes meilleures lettres. Supposé donc que vous l’ayez , je vous prie de me le reuvoyerauplus tôt; car, en vérité, vous ne sauriez croire quelle incommodité c’est que de n'avoir pas tout son esprit , surtout lorsqu’on écrit à un homme comme vous. C'est ce qui fait que mon style aujourd’hui est tout changé. Sans cela vous me verriez encore rire comme autrefois avec mon compère le Brochet, et je ne serais pas réduit à finir ma lettre trivialement, comme je fais, en vous disant que je suis ,

■ Monseigneur,

i Votre très-humble et très-obéissant serviteur, Voiture. »

Voilà les deux lettres telles que je les ai reçues. Je vous les envoie écrites de ma main, parce que vous auriez eu trop de peine à lire les caractères de l'autre monde , si je vous les avois envoyées en original. N’allez donc pas vous figurer, monseigneur, que ce soit ici un pur jeu d’esprit et une imitation du style de ces deux écrivains. Vous savez bien que Balzac et Voiture sont deux hommes inimitables. Quaud il serait vrai pourtant que j’aurais eu recours à cette invention pour vous divertir, aurais-je si grand tort? Et ne devroit-on pas au contraire m’estimer d’avoir trouvé cette adresse , pour vous faire lire des louanges que vous n’auriez jamais souffertes autrement? En un mot, pourrois-je mieux faire voir avec quelle sincérité et quel respect je suis, etc.

t. Voiture se déclnroit hautement contre ce panégyrique. (B.)

LETTRES DE BOILEAU

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