C'est le jour des grandes audiences. (B
SATIRE VIH,
Les clercs , les procureurs , les sergens , les greffiers T Oh ! que si l’âne alors , à bon droit misanthrope , Pouvoit trouver la voix qu’il eut au temps d’Esope ;
De tous côtés , docteur , voyant les hommes fous ,
Qu’il diroit de bon cœur, sans en être jaloux,
Content de ses chardons, et secouant la tête :
Ma foi, non plus que nous, l’homme n’est qu’une bête !
J’ai dessein de m’entretenir avec vous , mon esprit . je ne saurois vous passer vos libertés et vous accorder davantage de basses flatteries sur les traits satiriques dont vous piquez les grands auteurs de votre siècle. J’ai donc résolu de ne vous rien cacher de ce que je pense.
Ne soupçonneroit-on pas en lisant vos bons mots , en vous entendant débiter vos belles maximes , au ton que vous prêtez à vos décisions sur les poètes , et à la hardiesse avec laquelle vous réfutez des théologiens , que vous êtes l’unique respecté de la médisance, et qu’il n’est permis qu’à vous de décider du bon ou du mauvais sort d’un ouvrage?
Cependant un génie particulier me parle incessamment de vous contre ce procédé. Ma personne ne perd point de vue le baut et le bas de vos pensées; elle ne peut s’empêcher de sourire en voyant votre foiblesse et votre stérilité se mêler de critiquer la ville de Paris, dans vos coups de dent, plus bourru et plus cynique que le sexe en fureur , et l’avocat Gautier qui plaide.
Néanmoins parlons ensemble. D’où vous est venue votre inspiration médisante ? Boit-on de l’eau d’Hippocrène , si l’on n’a les Muses favorables? Etiez-vous agité, répondez-moi , de cette imagination fougueuse dont le dieu des beaux vers transporte les poètes qu'il aime ? La double montagne a-t-elle été rendue facile pour vous seul? Ne devriez-vous pas être instruit que qui ne franchit pas d’abord la hauteur du Parnasse demeure au pied fort longtemps ; et que si un auteur n’a pas l’autorité d’Horace et le
4. Saint-Marc a publié en 4747 une prétendue esquisse en prose de la satire IX, esquisse trouvée, dit-il, dans le cabinet du poète après sa mort. En 4809, on a cherché vainement le manuscrit i la Bibliothèque du roi, où il devroit se trouver, si les indications données par Saint- Marc éloienl exactes. Cette esquisse, en très-mauvaise prose, est beaucoup trop informe pour que Despréaux ail jamais pu l'écrire ni la lire. — Cependant elle a été remarquée par d’Alembert , qui n'a pas craint de dire qu’on avoil rendu un service à la littérature en la publiant. Nous ne la reproduisons Ajourd’hui que pour ne rien omettre de ce qui fait partie, depuis Saint-Marc, des collections d’OEuvret de Boileau.
badinage de Voiture , il croupit avec la traduction de V Institution de l'Orateur?
Mais , si mes avis ne sauroient retenir le penchant malicieux qui conduit votre plume , sans passer le temps que vous consacrez aux filles de mémoire en réflexions inutiles , entreprenez l’histoire du roi. Dans un volume , employant avec grandeur toutes les connoissanoes que vous vous êtes faîtes des routes du sacré mont , chaque année ennobliroit ce recueil , et votre réputation immortelle chargeroit Barbin de toute sa fumée.
Peut-être répondrez-vous que c’est inutilement que j’ose vous chatouiller d’un travail brillant , qui vous semble trop hardi ; que tout poète n’a pas la voix du chantre thébain ; qu’un autre est extraordinaire de faire entonner la trompette à la touchante élégie; et qu’il n’est pas en la puissance de tout bel esprit de chausser le cothurne , pour faire parler de cette sorte la reine au roi :
« Lille venoit de voir foudroyer ses remparts ,
Et l’ibère vaincu fuyoit de toutes parts1. »
Avec un vol si téméraire , éloigné de celui d’Icare , le savant élève de Malherbe 3 toucheroit le luth de l’héroïque auteur de l’ Iliade; mais, pour le pitoyable traducteur des Lamentations de Jérémie 3 et le caustique Boileau , à qui la passion de la poésie dicte des impromptu , et que l’envie de critiquer et l’étude ont rendu versificateur , quoique tous les pédans prennent le parti de notre Minerve, il nous est plus favorable de nous croire dans l’oubli. Des vers froids et un panégyrique bas ôtent en même temps l’honneur au poète et au prince. Je vous le dis, de pareilles entreprises surpassent une légère érudition.
Voilà comme s’exprime un esprit qui languit dans la volupté , et qui , sous l’extérieur d’une fausse humilité , couvre une ironie d’autant plus à craindre qu’elle est plâtrée d’un respect peu sincère. Cependant ayant envie de risquer votre renommée , ne vous eût-il pas été plus glorieux de lui donner l’essor vers le ciel , que de contenter votre amour pour la satire , par une poésie contraire au christianisme ; par là noircir quiconque ne songe pas à vous , et de la gloire dont flatte une satire hardie , faire la fortune d’un imprimeur , en courant risque de la vôtre ?
Votre orgueil se met -il en tête de parvenir à l’immortalité d’Horace , et vous pensez-vous arrivé au degré de ces vers inexplicables qui pourroient désespérer les Scaligers à venir4 5, par un poème aussi obscur que celui de Lycophron 3? Quel grand nombre