‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 376 sur 492 · XXXVI. — Au MÊME · texte numérisé non relu

XXXVI. — Au MÊME

Paris , i 3 décembre 1 709.

Vous m’avez fait un très-grand plaisir de m’envoyer la lettre que j’ai écrite à M. Maucroix ; car, comme elle a été écrite fort à la hâte , et , comme on dit , currente calamo , il y a des négligences d’expression qu’il sera bon de corriger. Vous faites fort bien, au reste , de ne point insérer dans votre copie la fin de cette lettre , parce que cela me pourroit faire des affaires avec l’Académie, et qu'il est bon de ne point réveiller les anciennes querelles.

J’oubliois de vous dire qu’il est vrai que mes libraires me pressent fort de donner une nouvelle édition de mes ouvrages ; mais je n’y suis nullement disposé, évitant de faire parler de moi , et fuyant le bruit avec autant de soin que je l’ai cherché autrefois. Je vous en dirai davantage la première fois que j’aurai le bonheur de vous voir. Ce ne saurait être trop tôt. Faites -moi donc la grâce de me mander quand vous voulez que je vous envoie mon carrosse; il sera sans faute à la porte de votre collège, à l’heure que vous me marquerez. Le droit du jeu pourtant seroit que j’allasse moi-même vous dire tout cela chez vous; mais comme je ne saurais presque plus marcher qu’on ne me soutienne , et qu’il faut monter les degrés de votre escalier pour avoir le plaisir de vous entretenir, je crois que le meilleur est de vous voir chez moi. Adieu, mon très-révérend père; croyez que je sens, comme je dois, les bontés que vous avez pour moi; et que je ne vous donne pas une petite place entre tant d’excellens hommes de votre société que j’ai eus pour amis , et qui m’ont fait l’honneur , comme vous , de m’aimer un peu , sans s'effrayer de l’estime très-bien fondée que j’avois pour M. Arnauld et pour quelques personnes de Port-Royal , ne m’étant jamais mêlé des querelles de la grâce.

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