‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 378 sur 492 · ET DE RACINE A BOILEAU · texte numérisé non relu

ET DE RACINE A BOILEAU

Auteuil, (9 mal 4687.

Je voudrois bien pouvoir vous mander que ma voix est revenue ; mais la vérité est qu’elle est au même état que vous l’avez laissée, et qu’elle n’est haussée ni baissée d’un ton. Rien ne la peut faire revenir; mon ânesse y a perdu son latin, aussi bien que tous les médecins. La différence qu’il y a entre eux et elle, c’est que son lait m’a engraissé , et que leurs remèdes me dessè-

( . Les poésies de Huet, évêque d’Avranches , éditées par d’Olivet.

2. Louis Racine , en publiant ces lettres pour la première fois, les fit précéder d’un avertissement que nous reproduisons : i, u On verra, dans les lettres suivantes, tout commun entre les deux hommes qui s’écrivent, amis, intérêts, sentimens et ouvrages. On verra aussi mon père plus occupé, à la cour, de Boileau que do luimême. Cette union qui a duré près de quarante ans ne s’est jamais refroidie.

« Les premières lettres furent écrites dans le temps que Boileau éloit allé A Bourbon où les médecins l'avoient envoyé prendre les eaux : remède assez bizarre pour une extinction de voix. Il l’avoil perdue entièrement et tout à coup, A la fin d'un violent rhume , et se regar- Boa.L»w 23

CORRESPONDANCE

chent. Ainsi, mon cher monsieur, me voilà aussi muet et aussi chagrin que jamais. J’aurois bon besoin de votre vertu , et surtout de votre vertu chrétienne, pour me consoler; mais je n’ai pas été élevé, comme vous, dans le sanctuaire de la piété 1 : -et, à mon avis , une vertu ordinaire ne sauroit que blanchir contre un aussi juste sujet de s’affliger qu’est le mien. 11 me faut de la grâce , et de la grâce augusliniennc la plus efficace , pour m’empêcher de me désespérer; car je doute que la grâce molinienne la plus suffisante suffise pour me soutenir dans l’abattement où je suis. Vous ne sauriez vous imaginer à quel excès va cet abattement, et quel mépris il m’inspire pour toutes les choses de la terre , sans néanmoins (ce qui est de fâcheux) m’inspirer un assez grand goût des choses du ciel. Quelque insensible pourtant qu’il m’ait rendu pour tout ce qui se passe ici-bas, je ne suis pas incore indifférent pour la gloire du roi. Vous me ferez donc plaisir de me mander quelques particularités de son voyage’, puisque tous ses pas sont historiques, et qu’il ne fait rien qui ne soit digne, pour ainsi dire, d’être raconté à tous les siècles. Je vous aurai aussi beaucoup d’obligation , si vous voulez en même temps m’écrire des nouvelles de votre santé. Je meurs de peur que votre mal de gorge ne soit aussi persévérant que mon mal Je poitrine. Si cela est, je n’ai plus d’espérance d’être heureux, ni par autrui, ni par moi-même. On me vient de dire que Furetière a été à l’extrémité , et que, par l’avis de son confesseur, il a envoyé quérir tous les académiciens offensés dans son factum , et qu’il leur a fait une amende honorable dans les formes , mais qu’il se porte mieux maintenant. J’aurai soin de m’éclaircir de la chose, et je vous en manderai le détail. Le père Souvenin 5 a dîné aujourd’hui chez moi, et m’a fort prié de vous faire ses recommandations. Je vous les fais donc, et en récompense je vous conjure de bien faire les miennes au cher M. Félix*. Pourquoi faut-il que je ne sois pas avec lui et avec vous, ou que je n’aie pas du moins une voix pour crier encore contre la fortune , qui m’a envié ce bonheur ? Dites bien aussi à M. le marquis de

(tant comme un homme inutile au monde, il s'abandonnait à son affliction. Mon père le consoloit, en l'assurant qu’il retrouvcroit la voix comme il l’avoit perdue, et qu’au moment où il s’y altendroit le moins elle reviendrait. La prédiction fut véritable ; les remèdes ne firent rien; et la voix, six mois après, revint tout à coup.

a Les autres lettres sont presque toutes écrites dans le temps que mon père suivoit le roi dans ses campagnes. Boileau ne pouvant, à cause de la roiblesse de sa santé, avoir le même honneur, son collègue dans l’emploi d’écrire celte histoire avoit attention de l’instruire de tout ce qui se passoit. 11 lui écrivoit à la hâte et Boileau lui répondoil de même. Ces lettres, dans lesquelles ils ne cherchent point l’esprit, font connoltrc leur cœur. >

t. Port-Royal. — 2. A Luxembourg. — 3. Génovéfain, parent de Racine. — 4. Premier chirurgien du roi.

DE BOILEAU ET DE RACINE. 53j

J'e son»e à l“i dans mon infortune, et qu’encore que je ->ache assez combien les gens de cour sont peu touchés des malheurs d’autrui, je le tiens assez galant homme cour me plaindre. Maximilien* m’est venu voir à AuteSÜ , « “î K iK

à en?;?56 de S°n Thé°Phraste- c’es» un fort honnête homme . et qui il ne manquerait rien si la nature l’avoit fait aussi aeréa ble qu’lia envie de l’être. Du reste, il a de l’esprit du AS et u mente. Je vous donne le bonsoir, et suis tout à vous.

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