‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 380 sur 492 · Luxembourg · texte numérisé non relu

Luxembourg

CORRESPONDANCE

à loisir. Il a déjà considéré toutes les fortifications l’une après l’autre, est entré jusque dans les contre-mines du chemin couvert, qui sont fort belles, et surtout' a été fort aise de voir ces fameuses redoutes entre les deux chemins couverts, lesquelles ont tant donné de peine à M. de Vauban. Aujourd’hui le roi va examiner la circonvallation , c’est-à-dire faire un tour de sept ou huit lieues. Je ne vous fais point le détail de tout ce qui m’a paru ici de merveilleui ; qu’il vous suffise que je vous en rendrai bon compte quand nous nous verrons , et que je vous ferai peut-être concevoir les choses comme si vous y aviez été. M. de Vauban a été ravi de me voir, et, ne pouvant pas venir avec moi, m’a donné un ingénieur qui m’a mené partout. Il m’a aussi abouché avec M. d’Espagne, gouverneur de Thionville, qui se signala tant à Saint-Godard 1 , et qui m’a fait souvenir qu’il avoit souvent bu avec moi à l’auberge de M. Poignant, et que nous étions, Poignant et moi, fort agréables avec feu M. de Bernage, évêque de Grasse. Sérieusement ce M. d’Espagne est un fort galant homme , et il m’a paru un grand air de vérité dans tout ce qu’il m’a dit de ce combat de Saint-Godard. Mais, mon cher monsieur, cela ne s’accorde ni avec M. de Montécuculli , ni avec M. de Bissy , ni avec M. de La Feuillade , et je vois bien que la vérité qu’on nous demande tant est bien plus difficile à trouver qu’à écrire. J’ai vu aussi M. de Charvil, qui étoit intendant à Gigeri*. Celui-ci sait apparemment la vérité, mais il se serre les lèvres tant qu’il peut de peur de la dire; et j’ai eu à peu près la même peine à lui tirer quelques mots de la bouche, que Trivelin en avoit à en tirer de Scaramouche, musicien bègue. M. de Gourville 5 arriva hier, et tout en arrivant me demanda de vos nouvelles. Je ne finirois point si je vous nommois tous les gens qui m’en demandent tous les jours avec amitié. M. de Chevreuse, entre autres , M. de Noailles , Mgr le Prince , que je devrois nommer le premier, surtout M. Moreau notre ami4, et M. Rozes; ce dernier avec des expressions fortes, vigoureuses, et qu’on voit bien en vérité qui partent du cœur. Je fis hier grand plaisir à M. de Termes de lui dire le souvenir que vous avez de lui. M. l’archevêque d’Embrun est ici, toujours mettant le roi en bonne humeur; M. de Reims, M. le président de Mesmes, M. le cardinal de Furstemberg; enfin, plus de gens trois fois qu’à Versailles, la presse dans les rues, comme à Bouquenon, une infinité d’Allemands et d’Allemandes qui veulent.... (voir le roi).

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