‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 395 sur 492 · XVI. — Boileau a Racine · texte numérisé non relu

XVI. — Boileau a Racine

Bourbon, le 28 août 1687.

Je ne m’étonne point, monsieur, que Mme la princesse de Conti soit dans le sentiment où elle est. Quand elle aurait perdu la voix , il lui resterait encore un million de charmes pour se consoler de cette perte; et elle seroit encore la plus parfaite chose que la nature ait produite depuis longtemps. 11 n’en est pas ainsi d’un misérable qui a besoin de sa voix pour être souffert des hommes, et qui a quelquefois à disputer contre M. Charpentier. Quand ce ne seroit que cette dernière raison, il doit risquer quelque chose : et la vie n’est pas d’un si grand prix qu’il ne la puisse hasarder, pour se mettre en état d’interrompre un tel parleur. J’ai donc tenté l’aventure du demi-bain avec toute l’audace imaginable : mes valets faisant lire leur frayeur sur leurs visages, et M. Bourdier s’étant retiré pour n’être point témoin d’une entreprise si téméraire. A vous dire vrai, cette aventure a été un peu semblable à celle des maillotins dans don Quixotte, je veux dire qu’après bien des alarmes il s’est trouvé qu’il n’y avoit qu’à rire; puisque non-seulement le bain no m’a point augmenté la

1. Le père de Boileau avoit eu des vignes du côté de Pantin, près du lieu où l’on transporloit les immondices de Paris.

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