‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 410 sur 492 · XXVIII. — Racine a Boileau · texte numérisé non relu

XXVIII. — Racine a Boileau

Du camp de Gévries, 22 mai 1692

Comme j’étois fort interrompu hier eu vou? écrivant, je fis une grosse faute dans ma lettre, dont je ne m’aperçus que lorsqu’on l’eut portée à la poste. Au lieu de vous dire que le quartier principal de M. de Luxembourg étoit aux hautes Estines, je vous marquai qu’il étoit à Thieusies, qui est un village à plus de trois ou quatre lieues de là, et où il devoit aller camper en parlant des Estines , à ce qu’on m’avoit dit ; on parloit même de cela autour de moi pendant que j’écrivois. J’ai donc cru que je vous ferois

plaisir de vous détromper, et qu’il valoit mieux qu’il vous en coûtât un petit port de lettre que quelque grosse gageure où vous pourriez vous engager mal à propos, ou contre M. de La Chapelle, ou contre M. Hessein. J’ai surtout pâli quand j’ai songé au terrible inconvénient qui arriveroit si ce dernier avoit quelque avantage sur vous; car je me souviens du bois qu’il mettoit à la droite opiniâtrement, malgré tous les sermens et toute la raison de M. de Guilleragues , qui en pensa devenir fou. Dieu vous garde d’avoir jamais tort contre un tel homme ! Je monte en carrosse pour aller à Mons, où M. de Vauban m’a promis de me faire voir les nouveaux ouvrages qu’il y a faits. J’y allai l’autre jour dans ce même dessein ; mais je souffrois alors tant de mal , que je ne songeai qu’à m’en revenir au plus vite

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