‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 412 sur 492 · XXX. — Racine a Boileau · texte numérisé non relu

XXX. — Racine a Boileau

Au camp près de Namur, » 5 juin 1 892.

Je ne vous ai point écrit sur l’attaque d’avant-hier : je suis accablé des lettres qu’il me faut écrire à des gens beaucoup moins raisonnables que vous , et à qui il faut faire des réponses bien malgré moi. Je crois que vous n’aurez pas manqué de relations. Ainsi, sans entrer dans des détails ennuyeux, je vous manderai succinctement ce qui m’a le plus frappé dans cette action. Comme la garnison est au moins de six mille hommes, le roi avoit pris de fort grandes précautions pour ne pas manquer son entreprise. 11 s’agissoit de leur enlever une redoute et un retranchement de plus de quatre cents toises de long , d’où il sera fort facile de foudroyer le reste de leurs ouvrages , cette redoute étant au plus haut de la montagne, et par conséquent pouvant commander aux ouvrages à cornes qui couvrent le château de ce côté-là. Ainsi le roi, outre les sept bataillons de tranchée, avoit commandé deux cents de ses mousquetaires, cent cinquante grenadiers à cheval, et quatorze compagnies d’autres grenadiers, avec mille ou douze cents travailleurs, pour le logement qu’on vouloit faire; et, pour mieux intimider les ennemis, il fit paroître tout à coup sur la hauteur la brigade de son régiment, qui est encore composée de six bataillons. 11 étoit là en personne à la tête de son régiment, et donnoit ses ordres à la demi-portée du mousquet. Il avoit seulement devant lui trois gabions , que le comte de Fiesque , qui étoit son aide-de-camp de jour, avoit fait poser pour le couvrir : mais ces gabions, presque tous pleins de pierres, étoient la plus dangereuse défense du monde; car un coup de canon qui eût donné dedans auroit fait un beau massacre de tous ceux qui étoient derrière. Néanmoins un de ces gabions sauva peut-être la

Page 1