Fils de M. le Prince et petit- li ls du grand Condé
CORRESPONDANCE
Le roi a eu nouvelle aujourd’hui que le baron de Serclas 1 , avec cinq ou six mille chevaux de l’armée du prince d’Orange , avoit passé la Meuse à Huy , comme pour venir inquiéter le quartier de M. de Boufflers. Le roi prend ses mesures pour le bien recevoir.
Adieu, monsieur Je vous manderai une autre fois des nouvelles de la vie que je mène , puisque vous en voulez savoir. Faites, je vous prie, part de cette lettre à M. de La Chapelle, si vous trouvez qu’elle en vaille la peine. Vous me ferez même beaucoup de plaisir de l’envoyer à ma femme quand vous l’aurez lue ; car je n’ai pas le temps de lui écrire , et cela pourra la réjouir , elle et mon fils.
On est fort content de M. de Bonrepaux’. J’ai écrit à M. de Pontchartrain le fils , par le conseil de M. de La Chapelle. Une page de complimens m’a plus coûté cinq cents fois que les huit pages que je vous viens d’écrire. Adieu, monsieur. Je vous envie bien votre beau temps d’Auteuil, car il fait ici le plus horrible temps du monde.
Je vous ai vu rire assez volontiers de ce que le vin fait quelquefois faire aux ivrognes. Hier un boulet de canon emporta la tête d’un de nos Suisses dans la tranchée. Un autre Suisse , son camarade , qui étoit auprès , se mit à rire de toute sa force , en disant : « Oh 1 oh ! cela est plaisant ; il reviendra sans tête dans le camp. »
On a fait aujourd’hui trente prisonniers de l’armée du prince d’Orange , et ils ont été pris par un parti de M. de Luxembourg. Voici la disposition de l’armée des ennemis. M. de Bavière à la droite avec des Brandebourg, et autres Allemands; M. de Valdeck est au corps de bataille avec les Hollandois; et le prince d’Orange, avec les Anglois, est à la gauche.
J’oubliois de vous dire que, quand M. le comte de Toulouse reçut son coup de mousquet, on entendit le bruit de la balle; et le roi demanda si quelqu’un étoit blessé. « Il me semble, dit en souriant le jeune prince, que quelque chose m’a touché.» Cependant la contusion étoit assez grosse, et j'ai vu la marque de la balle sur le galon de la manche, qui étoit tout noirci, comme si le feu y avoit passé. Adieu , monsieur. Je ne saurois me résoudre à finir quand je suis avec vous.
En fermant ma lettre j’apprends que la présidente Barentin, qui avoit épousé M. de Cormaillon, ingénieur, a été pillée par un parti de Charleroi. Ils ont pris ses chevaux de carrosse et sa cassette , et l’ont laissée dans le chemin à pied. Elle venoit pour être auprès de son mari, qui avoit été blessé. Il est mort.