XL. — Racine a Boileau
Gemblours, 0 juin 1693.
J’avois commencé une grande lettre, où je prétendois vous dire mon sentiment sur quelques endroits des stances que vous m’avez envoyées : mais, comme j’aurai le plaisir de vous revoir bientôt , puisque nous nous en retournons à Paris , j’aime mieux attendre à vous dire de vive voix tout ce que j’avois à vous mander. Je vous dirai seulement en un mot que les stances m’ont paru très-belles et très-dignes de celles qui les précèdent, à quelque peu de répétitions près, dont vous vous êtes aperçu vousmême.
Le roi fait un grand détachement de ses armées, et l’envoie en Allemagne avec Monseigneur. Il a jugé qu’il falloit profiter de ce côté-là d’un commencement de campagne qui paroît si favorable , d’autant plus que le prince d’Orange s’opiniâtrant à demeurer sous de grosses places et derrière des canaux et des rivières . la guerre aurait pu devenir ici fort lente , et peut-être moins utile que ce qu’on veut faire au delà du Rhin.
Nous allons demain coucher à Namur. M. de Luxembourg demeure en ce pays-ci avec une armée capable non-seulement de faire tête aux ennemis, mais même de leur donner beaucoup d’embarras. Adieu, mon cher monsieur; je me fais grand plaisir (fe vous embrasser bientôt.
H. de Chamlai a parlé depuis moi au père de La Chaise, qui lui a dit les mêmes choses qu’il m’avoit dites , que tout ira bien , et qu’il n’y a qu’à le laisser faire. M.de Chamlai n’a point encore reçu de vos nouvelles; mais il compte sur votre amitié. Tous les gens de mes amis qui connoissent le père de La Chaise, et la manière dont s’est passée l’affaire de M. le doyen , m’assurent tous que nous devons avoir l’esprit en repos.