Où l’on vend d’ordinaire les livres de rebut. (B
5. Fameux chantre du Pont-Neuf, dont on vante encore les chansons. (B.l — Il se nommoit Pbilipot.
SATIRE IX
Le Jonas inconnu sèche dans la poussière :
Le David imprimé n’a point vu la lumière ;
Le Moïse' , commence à moisir par les bords.
Quel mal cela fait-il? Ceux qui sont morts sont morts :
Le tombeau contre vous ne peut-il les défendre?
Et qu’ont fait tant d’auteurs, pour remuer leur cendre?
Que vous ont fait Perrin, Bardin, Pradon, Hainaut’,
Colletet, Pelletier, Titreville, Quinault,
Dont les noms en cent lieux , placés comme en leurs niches Vont de vos vers malins remplir les hémistiches?
Ce qu’ils font vous ennuie. O le plaisant détour!
Ils ont bien ennuyé le roi, toute la cour,
Sans que le moindre édit ait, pour punir leur crime,
Retranché les auteurs, ou supprimé la rime.
Ecrive qui voudra. Chacun à ce métier
Peut perdre impunément de l’encre et du papier.
Un roman , sans blesser les lois ni la coutume ,
Peut conduire un héros au dixième volume3.
De là vient que Paris voit chez lui de tout temps Les auteurs à grands flots déborder tous les ans:
Et n’a point de portail où, jusques aux corniches,
Tous les piliers ne soient enveloppés d’affiches.
Vous seul, plus dégoûté, sans pouvoir et sans nom,
Viendrez régler les droits et l’Etat d’Apollon!
Mais vous, qui raffinez sur les écrits des autres,
De quel œil pensez-vous qu'on regarde les vôtres?
Il n’est rien en ce temps à couvert de vos coups ,
Mais savez- vous aussi comme on parle de vous?
Gardez-vous, dira l’un, de cet esprit critique : ûn ne sait bien souvent quelle mouche le pique.
Mais c’est un jeune fou qui se croit tout permis,
Et qui pour un bon mot va perdre vingt amis.
Il ne pardonne pas aux vers de la Pucelle ,
Et croit régler le monde au gré de sa cervelle.
Jamais dans le barreau trouva-t-il rien de bon?
Peut-on si bien prêcher qu’il ne dorme au sermon?
Mais lui , qui fait ici le régent du Parnasse ,
1. Poème» héroïques qui n’ont point élé vendus. Ce» trois poèmes avoienl élé faits : le Jonas , par Coras; le David, par Las-Fargues, et le Moïse, par Saint-Amant. (B.)
2. J. Hainault, ou plutôt Hesnault, né à Paris, y est mort en 1082, on ignore à quel âge. 11 est connu par une imitation en vers des actes II et IV de la Troade de Sénèque; par une traduction en vers du commencement du poème de Lucrèce; par le sonnet de l'Avorton , et par un meilleur sonnet contre Colbert.
3. Les romans de Cjrrus , de Clèlie et de Pharamond sont chacun de dix volumes. (B.)
SATIRE IX
N'est qu’un gueux revêtu des dépouilles d’Horace'.
Avant lui Juvénal avoit dit en latin
Qu’on est assis à l'aise aux sermons de Cotin.
L’un et l’autre avant lui s’étoient plaints de la rime,
Et c’est aussi sur eux qu’il rejette son crime :
Il cherche à se couvrir de ces noms glorieux.
J’ai peu lu ces auteurs, mais tout n’iroit que mieux,
Quand de ces médisans l’engeance toute entière Iroit la tête en bas rimer dans la rivière.
Voilà comme on vous traite : et le monde effrayé Vous regarde déjà comme un homme noyé.
En vain quelque rieur, prenant votre défense,
Veut faire au moins , de grâce , adoucir la sentence :
Rien n’apaise un lecteur toujours tremblant d’effroi,
Qui voit peindre en autrui ce qu’il remarque en soi.
Vous ferez-vous toujours des affaires nouvelles?
Et faudra-t-il sans cesse essuyer des querelles?
N’entendrai-je qu’auteurs se plaindre et murmurer?
Jusqu’à quand vos fureurs doivent-elles durer?
Répondez, mon esprit; ce n’est plus raillerie :
Dites.... Mais, direz-vous, pourquoi cette furie?
Quoi ! pour un maigre auteur que je glose en passant .
Est-ce un crime, après tout, et si noir et si graud?
Et qui , voyant un fat s’applaudir d’un ouvrage Où la droite raison trébuche à chaque page,
Ne s’écrie aussitôt : L’impertinent auteur!
L’ennuyeux écrivain 1 Le maudit traducteur!
A quoi bon mettre au jour tous ces discours frivoles.
Et ces riens enfermés dans de grandes paroles?
Est-ce donc là médire, ou parler franchement?
Non , non , la médisance y va plus doucement.
Si l’on vient à chercher pour quel secret mystère Alidor à ses frais bâtit un monastère :
Alidor ! dit un fourbe , il est de mes amis ,
Je l’ai connu laquais avant qu’il fût commis :
C’est un homme d’honneur, de piété profonde,
Et qui veut rendre à Dieu ce qu’il a pris au monde.
Voilà jouer d’adresse , et médire avec art ;
Et c’est avec respect enfoncer le poignard.
Un esprit né sans fard , sans basse complaisance ,
Fuit ce ton radouci que prend la médisance.
Mais de blâmer des vers ou durs ou languissans,
De choquer un auteur qui choque le bon sens,
De railler d’un plaisant qui ne sait pas nous plaire,
I. Saint-Pavin reprocboit à l'auteur qu’il n'étoit riche que des dépouilles d'Horace, de Juvénal et de Regnier. (B.)
SATIRE IX
C’est ce que tout lecteur eut toujours droit de faire.
Tous les jours à la cour un sot de qualité Peut juger de travers avec impunité;
A Malherbe , à Racan , préférer Théophile 1 ,
Et le clinquant du Tasse à tout l’or de Virgile.
Un clerc , pour quinze sous , sans craindre le holà , Peut aller au parterre attaquer Attila1;
Et, si le roi des Huns ne lui charme l’oreille,
Traiter de visigoths tous les vers de Corneille Il n’est valet d’auteur , ni copiste à Paris ,
Qui , la balance en main , ne pèse les écrits.
Dès que l’impression fait éclore un poète ,
Il est esclave né de quiconque l’achète :
Il se soumet lui-même aux caprices d’autrui ,
Et ses écrits tout seuls doivent parler pour lui.
Un auteur à genoux , dans une humble préface ,
Au lecteur qu’il ennuie a beau demander grâce;
Il ne gagnera rien sur ce juge irrité,
Qui lui fait son procès de pleine autorité.
Et je serai le seul qui ne pourrai rien dire !
Qn sera ridicule, et je n’oserai rire!
Et qu’ont produit mes vers de si pernicieux ,
Pour armer contre moi tant d’auteurs furieux?
Loin de les décrier , je les ai fait paroître :
Et souvent , sans ces vers qui les ont fait connoître , Leur talent dans l’oubli demeureroit caché.
Et qui sauroit sans moi que Cotin a prêché?
La satire ne sert qu’à rendre un fat illustre :
C’est une ombre au tableau, qui lui donne du lustre. En les blâmant enfin j’ai dit ce que j’en croi ;
Et tel qui m’en reprend en pense autant que moi.
11 a tort, dira l’un; pourquoi faut-il qu'il nomme? Attaquer Chapelain 3 1 ah ! c’est un si bon homme ! Balzac * en fait l’éloge en cent endroits divers.
11 est vrai , s’il m’eût cru , qu’il n’eût point fait de vers. Il se tue à rimer : que n’écrit-il en prose?
Voilà ce que l’on dit. Et que dis-je autre chose?
En blâmant ses écrits, ai-je d’un style affreux
1 . Un homme de qualité fit un jour ce beau jugement en ma présence. (B.)