Avocat et versificateur à Lyon
4. Contre Gacon. Ce livre étoil intitulé : Le faux satirique puni.
A BROSSETTE
Paris, 2 juillet 1099.
J’ai été , monsieur , si occupé depuis votre longue et pourtant trop courte lettre ' , que je n’ai pu vous faire plus tôt réponse. Plût à Dieu que je pusse aussi bien prouver à M. Perrachon le mérite de mes ouvrages , que la noblesse et l’antiquité de mes pères * ! Je doute qu’alors il pût préférer même ses écrits aux miens. Je ne vous envoie point néanmoins, pour ce voyage, la copie de mon arrêt , parce qu’il est trop gros , le greffier qui l’a dressé ayant pris soin d’y énoncer toutes les preuves que j’alléguois ; et cela fait plus de trente rôles en parchemin , d’écriture assez menue. Cependant , si vous persistez dans l’envie de l’avoir , je vous le ferai tenir au premier jour. Vous m’avez fort réjoui avec le torre de’ Perrachoni ». Je crois que M. Perrachon ne feroit pas mal de se tenir sur le haut d’une de ces tours , avec une lunette à longue vue, pour voir s’il ne découvrira point quelqu’un qui aille à Lyon ou à Paris acheter ses livres, car je ne crois pas qu’il en ait vu jusqu’ici. Je suis bien aise qu’un homme comme vous entreprenne mon apologie; mais les livres qu’on a faits contre moi sont si peu connus , qu’en vérité je ne sais s’ils méritent aucune réponse. Oseroîs-je vous dire que le dessein que vous aviez pris de faire des remarques sur mes ouvrages , est bien aussi bon , et que ce seroit le moyen d’en faire une imperceptible apologie qui vaudroit bien une apologie en forme? Je vous laisse pourtant le maître de faire tout ce que vous jugerez à propos. Je sais assez bien donner conseil aux autres sur ce qui les concerne ; mais pour ce qui me regarde , je m’en rapporte toujours au conseil d’autrui. Les vers latins que vous m’avez envoyés sont très-élégans et très-particuliers; il3 m’ont réconcilié avec les poètes latins modernes , dont vous savez que je fais une médiocre estime , dans la prévention où je suis qu’on ne sauroit bien écrire que sa propre langue. Vos couplets de chanson* me paroissent fort jolis , et il paraît bien que vous y parlez votre propre et naturelle langue ; car , comme vous savez bien , c’est au François qu'appartient le vaudeville*, et c’est dans ce genre-là principalement que notre langue l’emporte sur la grecque et sur la latine. Voilà la quatrième lettre que j’écris ce matin; c’est beaucoup pour un paresseux accablé d’un million d’affaires. Ainsi , trouvez bon que je vous dise tout court que je suis très-cordialement, monsieur, etc.
t. Brossette y dem&ndoil à Boileau sa généalogie.