‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 447 sur 492 · Horace, liv. I, sabre X, vers · texte numérisé non relu

Horace, liv. I, sabre X, vers

LETTRES DE BOILEAU

à chaque chant. Le Faux Honneur y fera la onzième satire, et j’espère qu'elle ne vous paraîtra pas plus mauvaise que lorsque je vous en récitai les premiers vers. J’y parle de mon procès sur la noblesse d’une manière assez noble et qui pourtant ne donnera , je crois, aucune occasion de m’accuser d’orgueil. Pour les autres ouvrages que j’ajouterai , je ne puis pas vous en rendre compte présentement , parce que je ne le sais pas encore trop bien moi-même.

Vos remarques sur V Iliade de M. l’abbé Regnier sont merveilleuses ; et on ne peut pas avoir mieux conçu que vous avez fait toute la platitude de son style. Est-il possible qu’il ait pu ne point s’affadir lui-même en faisant une si fade traduction? Ohl que voilà Homère en bonnes mains? Les vers que vous m’en avez transcrits m’ont fait ressouvenir de ce6 deux vers de M. Perrin, qui commence ainsi la traduction du second livre de VËnéide , pour rendre

Conticuere omnes , intenlique ora tencbanl :

Chacun se tut alors , et l’esprit rappelé

Tenoit la bouche close et le regard collé.

Voilà, si je ne me trompe, le modèle sur lequel s’est formé M. l’abbé Regnier , aussi bien que sur ces deux vers de la Pucelle :

O grand cœur de Dunois , le plus grand de la terre ,

Grand cœur qui dans lui seul deux grands amours enserre!

Je suis bien fâché de la mort de M. Perrachon; mais je ne saurais lui faire d’autre épitaphe que ces quatre vers de Gombauld :

Colas est mort de maladie ,

Tu veux que je plaigne son sort.

Que diable veux-tu que je die?

Colas vivoit, Colas est mort.

Adieu, monsieur, aimez-moi toujours, et croyez que je suis parfaitement....

Paris, 6 décembre 4 700.

Je suis ressuscité, monsieur, mais je ne suis pas guéri; et il m’est resté une petite toux qui ne me promet rien de bon. La vérité est pourtant que je ne. laisse pas de me remettre , et que ce n’est pas tant la maladie qui m’a empêché de répondre surle-champ à vos deux lettres, que l’occupation que me donnent les deux éditions qu’on fait tout à la fois en grand et en petit de mes ouvrages, et qui seront achevées, je crois, avant le carême. J’ai envoyé sur-le-champ votre lettre cachetée à M. de Lamoignon ; mais en la cachetant, je n’ai pas songé que vous me priiez de la lire , et je ne l’ai en effet point lue : ainsi je ne puis pas vous donner conseil sur votre préface. Cela est fort ridicule à moi,

A BROSSETTE

mais il faut que vous excusiez tout d’un poëte convalescent et employé à faire réimprimer ses poésies. Du reste, vous verrez mon exactitude par la prompte réponse qu’il vous a faite , et que vous trouverez dans le même paquet que celui de ma lettre.

Je ne suis pas fort en peine du temps où se tirera votre loterie, et je ne suis pas assez fou pour me persuader qu’en quatre coups, j’amènerai rafle de six. Ce qui m’embarrasse , c’est comment je vous ferai tenir les quatre pistoles que je vous dois, et que j’aurais bien voulu vous donner avant que la loterie fût tirée, c’est-à-dire avant que je les eusse perdues; faites-moi donc la faveur de me mander ce qu’il faut faire pour cela. Adieu , monsieur. Trouvez bon que, pour profiter de vos bons conseils grecs et françois, je ne m’engage point dans une plus longue lettre, et que je me contente de vous dire très-laconiquement et très-sincèrement que je suis, etc.

Paris, t8 janvier t70t.

Un nombre infini de chagrins, des restes de maladie, beaucoup d’affaires et ma nouvelle édition sont cause que j’ai tardé si longtemps à faire réponse à votre dernière lettre. Je vous assure pourtant , monsieur , que ce n’est pas faute de l’avoir lue avec beaucoup de plaisir. J’admire la solidité que vous jetez dans vos conférences académiques, et je vois bien qu’il s’y agit d’autre chose que de savoir s’il faut dire : II a extrêmement d'esprit, ou il a extrêmement de l’esprit 11 n’y a rien de plus joli que votre remarque sur le dieu Cneph1 2, et je ne saurois assez vous remercier de cette autorité que vous me donnez pour la métamorphose de la plume du roi en astre.

Je me doute bien que votre loterie est tirée à l’heure qu’il est , et je ne doute point qu’elle n’ait été pour moi la même que toutes celles où j’ai mis jusqu’à cette heure , c’est-à-dire , très-dénuée de bons billets, dont je ne me souviens point d’avoir jamais vu aucun. Ainsi , vous pouvez bien juger que je n’aurai pas grand’peine à me consoler d'une chose dont je me suis déjà consolé tant de fois. Prenez donc la peine de m’envoyer quérir les quatre pistoles perdues, et que je regarde pourtant comme mises à profit , puisqu’elles m’ont procuré l’honneur de recevoir plusieurs fois de vos nouvelles. Je suis avec toute la reconnoissance que je dois, etc....

Page 1