Le due de Bourgogne el le duc de Berri
A BROSSETTE
que j'ai bien reconnu par là qu’on ne sera pas fort embarrassé chez vous de payer la capitation '. J’en suis fort aise, et je crois qu’on n’en est pas moins joyeux à la cour.
Votre tableau des effets de l’aimant m’a été rendu fort fidèlement et en très-bon état ; et j’en ai fait un des plus beaux et des plus utiles ornemens de mon cabinet.
Omne tulit punctum qui mùcuit utile dulci*.
Si votre Académie produit souvent de pareils ouvrages , je doute fort que la nôtre , avec tout cet amas de proverbes qu’elle a entassés dans son Dictionnaire , puisse lui être mise en parallèle , ni me fasse mieux concevoir , à la lettre A, ce que c’est que la vertu de l’aimant, que je l’ai conçu par votre tableau.
Je suis bien aise que vous soyez content de ma dernière édition. Elle réussit assez bien ici, et, contre mon attente, elle trouve beaucoup plus d’acheteurs que de censeurs. Elle va bientôt paroître en petit , en deux volumes , que je me donnerai l’honneur de vous envoyer. J’espère, par ce présent, adoucir un peu le juste ressentiment que vous devez avoir de mes négligences , et vous faire concevoir à quel point , quoique très-paresseux , je suis , etc.
Faites-moi la faveur de m’écrire au plus tôt en quelles mains vous voulez que je remette les trois pistoles que vous savez. Elles m’importunent dans ma cassette, où je les ai mises à part, et uù, en les voyant , je me dis sans peine tous les jours :
Quod vides p crusse perditum ducas s.
Paris, 10 juillet 1701 .
Je différais, monsieur, à vous écrire jusqu’à ce que l’édition de mes ouvrages en petit fût faite , afin de vous l’envoyer en même temps avec l’argent que je vous dois; mais comme cette édition a été plus lente à achever que je ne croyois , et qu’elle ne sauroit être encore prête de huit ou dix jours, j’ai cru que vous auriez sujet de vous plaindre si j’attendois qu’elle parût pour vous remercier des lettres obligeantes que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, et pour vous donner satisfaction sur la chose dont vous souhaitez d’être éclairci. Je vous dirai donc , monsieur, qu’il y a environ quatre ans que M. le comte d’Ériceyra m’envoya la traduction en portugais de ma Poétique , avec une lettre très-obligeante et des vers françois à ma louange ; que je sais assez bien l’espagnol, mais que je n’entends point le portugais, qui est fort différent du castillan , et qu’ainsi , c’est sur le rapport d'autrui que j’ai loué sa traduction; mais que les gens instruits de cette