Catullus, ad se ipsum, vut
LETTRES DE BOILEAU
langue, à qui j’ai montré cet ouvrage, m’ont assuré qu’il étoit merveilleux. Au reste , M. d’Ériceyra est un seigneur des plus qualifiés du Portugal, et a une mère qui est, dit-on, un prodige de mérite. On m’a montré des lettres françoises de sa façon , où il n’est pas possible de rien voir qui sente l’étranger. Ce qui m’a plu davantage et de la mère et du fils , c’est qu’ils ne me partissent ni l’un ni l’autre entêtés des pointes et des faux brillans de leur pays , et qu’il ne paroît point que leur soleil leur ait trop échauffé la cervelle. Je vous en dirai davantage dans la lettre que je vous écrirai en vous envoyant ma petite édition , et peut-être vous enverrai-je aussi les vers françois qu’il m'a écrits.
Mille remercîmens à M. Puget de ses préSens et de ses honnêtetés. Cependant permettez-moi de vous dire que je romprai tout commerce avec vous , si je vois plus dans vos lettres ce grand vilain mot de Monsieur, au haut de la page, avec quatre grands doigts entre deux. Sommes-nous des ambassadeurs pour nous traiter avec ces circonspections, et ne suffit-il pas entre nous de «t’aies, bette est; ego quidem valeo ? Du reste, soyez bien persuadé qu’on ne peut être plus que je le suis , etc.
Paris, iS septembre 1701.
J’ai remis, monsieur, entre les mains de M. Robustel les trois pistoles dont est question entre nous , et il m’en a donné une quittance par laquelle il se charge de les faire tenir au sieur Boudet à Lyon. Il me reste un scrupule; c’est que je ne sais point si les trois pistoles que vous avez mises pour moi ne sont point trois pistoles d’or 5. Faites-moi la faveur de me le mander , parce que , si cela est , j’aurai soin de vous envoyer le supplément. Je voudrois bien pouvoir vous envoyer aussi les vers françois que M. le comte d’Ériceyra a farts à ma louange; mais je les ai égarés dans la multitude infinie de mes paperasses , et il faudra que le hasard me les fasse retrouver.
Je dois bien savoir que M. de Vittemant porte mon livre au roi d’Espagne , puisque c’est moi qui le lui ai fait remettre entre les mains, pour le présenter à Sa Majesté Catholique de ma part. On m’a dit que Mme la duchesse de Bourgogne le lui a envoyé aussi en grand et magnifiquement relié. Vous ne me parlez plus de votre Académie de Lyon. On en a fait ici une nouvelle des inscriptions , dont on veut que je sois, et que je touche pension , quoique cela ne soit point véritable. Mais c’est un mystère qui seroit bien long à vous expliquer, et qui ne peut pas être compris dans une petite lettre d’affaire, laquelle commençant par une quittance , devroit aussi finir par : autre chose n’ai à vous mander, sinon que je suis , etc.