‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 453 sur 492 · Voy. la troisième Réllcûon sur Longin · texte numérisé non relu

Voy. la troisième Réllcûon sur Longin

LETTRES DE BOILEAU

tiré à conséquence pour les autres hommes ; mais je n’aurai pas de peine à lui prouver que , dans notre famille même, j’ai eu un oncle , qui n’étoit pas un homme fort miraculeux . lequel a nourri vingt et quatre années une espèce de bichon qu’il avoit.

Je ne vous parle point de ce que c’est que la place que j’occupe dans l’Académie des inscriptions. Il y a tant de choses à dire làdessus, que j'aime mieux sur cela silere quam pauca dicere. J’ai été fort fâché de la mort de M. Chanut. Je vous prie de bien faire ma cour à M. Bronod1, que, sur votre récit, je brûle déjà de connoitre. Je suis, ...

Pari», 9 avril 1702.

Je réponds , monsieur , sur-le-champ à votre dernière lettre , de peur qu’il ne m’arrive ce qui m’est arrivé déjà plusieurs fois depuis six mois , qui est d’avoir toujours envie de vous écrire , et de ne vous écrire point pourtant, par une misérable indolence dont je ne saurais franchement vous dire la raison, sinon que, pour me servir des termes de saint Paul , je fais souvent le mal que je ne veux pas, et je ne fais pas le bien que je Teux; mais, sans perdre le temps en vaines excuses, puisque je trouve sous ma main deux de vos lettres , je m’en vais répondre à quelques interrogations que vous m’y faites.

Je vous dirai donc premièrement, que les deux épigrammes latines* dont vous désirez savoir le mystère, ont été faites dans ma première jeunesse , et presque au sortir du collège , lorsque mon père me fit recevoir avocat , c’est-à-dire , à l’âge de dix-neuf ans. Celui que j’attaque, dans la première de ces épigrammes, étoit un jeune avocat, fils d’un huissier, nommé Herbinot. Cet avocat est mort conseiller de la cour des aides. Son père étoit fort riche , et le fils assurément n’a pas mangé son bien ; car il passoit pour grand ménager. A l’égard de l’autre épigramme , elle regarde M. de Brienne, jadis secrétaire d’Etat, qui est mort fou et enfermé. Il étoit alors dans la folie de faire des vers latins, et surtout des vers phaleuces; et comme sa dignité dans ce temps-là le rendoit considérable , je ne pus résister à la prière de mon frère , aujourd’hui chanoine de la Sainte-Chapelle , qui étoit souvent visité de lui , et qui m’engagea à faire des vers phaleuces à la louange de ce fou qualifié; car il étoit déjà fou. J’en fis donc, et il les lui montra ; mais comme c’étoit la première fois que je m’étois exercé dans ce genre de vers , ils ne furent pas trouvés fort bons, et ils ne l’étoient point en effet. Si bien que dans le dépit où j’étois d’avoir si mal réussi , je composai l’épigramme dont est question , et montrai par là qu’il ne faut pas légèrement irriter genus irritabile ratum 3, et que, comme a fort bien dit Juvénal en

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