Journal de Trévoux
LETTRES DE BOILEAU
J’ai été obligé d’étendre ainsi la chose, parce qu’autrement elle ne seroit pas amenée. Charpentier l’a exprimée en ces termes :
Quand Apollon vit le volume Qui sous le nom d’Homère enchantoit l’univers :
Je me souviens, dit-il, que j’ai dicté ces vers,
Et qu’Homère tenoit la plume.
Cela est assez concis et assez bien tourné-, mais, à mon sens, le volume est un mot fort bas en cet endroit , et je n’aime point ce mot de palais : tenait la plume.
Pour ce qui est des lettres que vous me sollicitez de vous envoyer1, je ne saurois encore sur cela vous donner satisfaction , parce qu’il faut que je les retouche avant que de les mettre entre les mains d’un homme aussi éclairé que vous. Je les ai écrites, la plupart, avec la même rapidité que je vous écris celle-ci, et sans savoir souvent où j’allois. M. Racine me récrivoit de même, et il faudroit aussi revoir les siennes. Cela demande beaucoup de temps. D’ailleurs, il y a dedans quelques secrets que je ne crois pas devoir être confiés à un tiers. Adieu, monsieur, aimez-moi toujours, et soyez persuadé que je suis avec toute l’affection que je dois, etc.
Paris, 8 avril <703.
Vous ne m’accuserez pas , monsieur, pour cette fois d’avoir été peu diligent à vous répondre , puisque je vous écris sur-le-champ. Je suis ravi que mon frère vous ait si bien satisfait sur vos demandes , et vous ait si bien démontré que la fiction du Lutrin est fondée sur une chose très-véritable. On auroit de la peine à faire Voir que l’Iliade est aussi bien appuyée , puisqu’il y a encore des gens aujourd’hui , qui nient que jamais Troie ait été prise , et qui joutent que Darès ni Dictys 5 de Crète en soient des témoins fort sûrs, puisque leurs ouvrages n’ont paru que du temps de Néron, et ne sont vraisemblablement que de nouvelles fictions imaginées sur la fiction d’Homère. II faudroit, pour le bien attester, nous rapporter quelque sentence donnée en faveur de Neptune et d’Apollon, pour obliger Laomédon à payer à ces deux compagnons de fortune le prix qu’il leur avoit promis pour la construction des murailles de Troie.
Je ne mérite pas les louanges que vous me donnez au sujet du vers de l'Anthologie. Permettez-moi pourtant de vous dire que vous vous abusez un peu quand vous croyez que j’aie fait, ni voulu faire une paraphrase de ce vers , qui est même plus court dans ma copie que dans l’original . puisque j’en ai retranché l’épithète oisive de 0eîo;, et que j’ai dit simplement Homère, et non
< . Les lettres de Racine.