‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 462 sur 492 · I . Camille Falconet · texte numérisé non relu

I . Camille Falconet

A BROSSETTE

expression. Il en faut croire le bruit public sur les abeilles et sur les guêpes , comme sur le chant mélodieux des cygnes en mourant, et sur l’unité et la renaissance du phénix.

Je ne tous écris que ce mot, parce que je suis pressé de sortir pour une affaire de conséquence, et que, d’ailleurs, je suis dans une extrême affliction de la mort du pauvre M. Félix, premier chirurgien du roi, qui étoit, comme vous savez, un de mes meilleurs et de mes plus anciens amis. Je vous prie de bien témoigner à M. Perrichon 1 combien je l’estime et je l’honore. et de me ménager dans son cœur, aussi bien que dans le vôtre, le remplacement d'une perte aussi considérable que celle que je viens de faire. Je vous donne le bonjour, et suis avec un trèsgrand respect, etc.

P. S. Je n'ai achevé que d’hier votre jambon qui a été mangé à Auteuil, et qui s’est trouvé admirable. Au nom de Dieu, ôtez de vos lettres ce Monsieur, haut exhaussé, ou j’en mettrai dans les miennes un encore plus haut.

A Auteuil, 3 juillet 1703.

J’ai été, monsieur, si chargé d’affaires depuis quelque temps, et occupé de tant de chagrins étrangers et domestiques, que je n’ai pas eu le loisir de faire l’affaire qui m’est le plus agréable, je veux dire de vous écrire et de m’entretenir avec vous. La mort de M. Félix m’a d’autant plus douloureusement touché, que c’est lui, pour ainsi dire, qui s’est tué lui-même, en se voulant sonder pour une rétention d’urine qu’il avoit. Nous nous étions connus dès nos plus jeunes ans. Il étoit un des premiers qui avoit battu des mains À mes naissantes folies, et qui avoit pris mon parti à la cour contre M. le duc de Montausier. Il a été universellement regretté, et avec raison, puisqu’il n’y a jamais eu d’homme plus obligeant, plus magnifique et plus noble de cœur. Pour ce qui est de M. Perrault, je ne vous ai point parlé de sa mort, parce que franchement je n’y ai point pris d’autre intérêt que celui qu’on prend à la mort de tous les honnêtes gens. Il n avoit pas trop bien reçu la lettre que je lui ai adressée dans ma dernière édition, et je doute qu’il en fût content. J'ai pourtant été au service que lui a fait dire l’Académie , et monsieur son fils m’a assuré qu’en mourant il l’avoit chargé de me faire de sa part de grandes honnêtetés, et de m’assurer qu’il mouroit mon serviteur. Sa mort a fait recevoir un assez grand affront à l’Académie , qui avoit élu pour remplir sa place d’académicien, M. de Lamoignon votre ami; mais M. de Lamoignon a nettement refusé cet honneur. Je ne sais si ce n’est point par la peur d’avoir à louer l’ennemi de

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