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Depuis, recteur de l’Université

A BROSSETTE

Oserois-je vous dire, monsieur, que si vous avez été tort juste sur l’observation de ce solécisme, il n'en est pas de même de votre correction de l’épigramme de V Anthologie ? Et avec qui, bon Dieu ! y associez-vous mon style? Avec le style de Charpentier! Jungentur jam tigres equis. Est-il possible que vous n’ayez pas vu que le sens de l’épigramme est , que c’est Apollon , c’est-àdire, le génie seul, qui, dans une espèce d’enthousiasme et d’ivresse , a produit V Iliade et l’ Odyssée ; que cr'est lui qui les a faits, et non pas simplement dictés-, et que, lorsque Homère les écrivoit, à peine Apollon savoit qu’Homère étoit là? Ne concevezvous pas, monsieur, que c’est le mot d’ivresse qui sauve tout, et qui fait voir pourquoi Apollon avoit tant tardé à dire aux neuf Sœurs qu’il étoit l’auteur de ces deux ouvrages, qu’il se souvenoit à peine d’avoir faits? D’ailleurs, quel air dans î’épigramme, de la manière dont vous la tournez, donnez-vous à Apollon, qui est supposé lisant cet ouvrage dans son cabinet, et se disant à luimême : C'est moi qui ai dicté ces vers ? Au lieu que dans mon épigramme, il est au milieu des Muses à qui il déclare qu’elles ne se trompent pas dans l’admiration qu’elles ont de ces deux grands chefs-d’œuvre , puisque c’est lui qui les a composés dans une chaleur qui ne lui permettoit pas d’écrire, et qu’Homère les avoit recueillis. Mais me voilà à la fin de la page; ainsi, monsieur, trouvez bon que je vous dise brusquement que je suis....

P. S. Mille nouvelles amitiés de ma part à l'illustre et obligeant M. Perrichon.

Auteuil, 2 août (703.

Feu M. Patru, mon illustre ami, étoit non-seulement un critique très-habile , mais un très-violent hypercritique , et en réputation de si grande rigidité , qu’il me souvient que lorsque M. Racine me faisoit sur des endroits de mes ouvrages quelque observation un peu trop subtile , comme cela lui arrivoit quelquefois, au lieu de lui dire le proverbe latin ; Ne sis patruus mihi, a n’ayez point pour moi la sévérité d'un oncle, » je lui disois : « Ne sis Patru mihi, n’ayez point pour moi la sévérité de Patru. » Je pourrois vous le dire à bien meilleur titre qu’à lui , puisque toutes vos lettres , depuis quelque temps , ne sont que des critiques de mes vers , où vous allez jusqu’à l’excès du raffinement. Vous avez reçu de moi une petite narration en rimes, que j’ai composée à la sollicitation de M. Le Verrier pour amener un vers de l’Anthologie; et tous ceux, à commencer par lui, à qui je l’ai communiquée, en ont été très-satisfaits. Cependant, bien loin d’en être content , vous me faites concevoir qu’elle ne vaut rien , et sans me dire ce que vous y trouvez de défectueux , vous allez chercher dans M. Charpentier, c’est-à-dire, dans les étables d’Au gias , de quoi la rectifier. Ensuite vous vous avisez de trouver

LETTRES DE BOILEAU

une équivoque dans un vers où il n’y en a jamais eu. En effet, où peut-il y en avoir dans cette façon de parler :

Approuve l’escalier tourné d’autre façon' ,

et qui est-ce qui n’entend pas d’abord que le médecin-architecte approuve l'escalier, moyennant qu’il soit tourné d’une autre manière? Cela n’est-il pas préparé par le vers précédent:

Au vestibule obscur il marque une autre place?

Il est vrai que dans la rigueur et dans les étroites règles de la construction, il faudroit dire : Au vestibule obscur il marque une autre place que celle qu’on lui veut donner , et approuve l'escalier tourné d’une autre manière qu’H n’est. Mais cela se sous-entend sans peine; et où en seroit un poète si on ne lui passoit. je ne dis pas une fois, mais vingt fois dans un ouvrage ces subaudi? Où en seroit M. Racine si on lui alloit chicaner ce beau vers que dit Hermione à Pyrrhus, dans YAndromaque :

Je t’aimois inconstant, qu’eussé-je fait fidèle3?

qui dit si bien, et avec une vitesse heureuse : Je t’aimais lorsque tu étois inconstant , qu’eussé-je fait si tu avois été fidèle? Ces sortes de petites licences de construction, non-seulement ne sont pas des fautes , mais sont même assez souvent un des plus grands charmes de la poésie, principalement dans la narration, où il n’y a point de temps à perdre. Ce sont des espèces de latinisme dans la poésie françoise , qui n’ont pas moins d’agrémens que les hellénismes dans la poésie latine. Jusqu’ici cependant, monsieur, vous n’avez été que trop scrupuleux et trop rigide ; mais où étoient vos lumières quand vous avez douté si ce temple fameux , dont parle Thémis dans le Lutrin, est Notre-Dame, ou la Sainte- Chapelle? Est-il possible que vous n’ayez pas vu que ce temple qu’elle désigne à la Piété est ce même temple dont la Piété vient de lui parler quelques vers auparavant avec tant d’emphase . et où est arrivée la querelle du Lutrin?

J’apprends que dans ce temple où le plus saint des rois

Consacra tout le fruit de ses pieux exploits.

Et signala pour moi sa pompeuse largesse

L’implacable Discorde3, etc.

Comment voulez-vous que le lecteur aille songer à Notre-Dame qui n’a point été bâtie par saint Louis, et qui est si éloignée du Palais, y ayant entre elle et le Palais plus de douze fameuses églises, et principalement la célèbre paroisse de Saint-Barthélemi , qui en est beaucoup plus proche? Permettez moi de vous

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